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FILIATIONS CONCEPTUELLES
Sophie Bélair Clément avec la participation de David Jacques, SEE YOU LATER / AU REVOIR : 17 MINUTES EN TEMPS RÉEL, 2008. Image tirée de l’installation vidéo.

3 mai au 14 juin 2008

Commissaire : Michèle Thériault

Sophie Bélair Clément, Thérèse Mastroiacovo, Damian Moppett, Daniel Olson, Pavel Pavlov, Charles Stankievech, Chih-Chien Wang

Événements

Depuis une dizaine d’années, on assiste à une résurgence sans précédent du conceptuel en art. Il ne s’agit pas vraiment du triomphe de l’art conceptuel (du milieu des années 60 à la première moitié des années 70) sur d’autres mouvements artistiques, car le discours éclaté actuel sur le rapport de l’art à la vie et au domaine public, emmêlé aux forces redoutables et frénétiques du marché, rendent une telle proposition sans objet. Cette résurgence démontre plutôt la résistance et la polyvalence des stratégies du conceptualisme et sa capacité de travailler (et d’être travaillé par) une diversité de pratiques artistiques – dont certaines sont paradoxalement « non conceptuelles » – qui incitent à revoir et à repenser le contexte d’origine et les œuvres qui en découlent. C’est précisément ce que plusieurs critiques et historiens ont accompli dans des ouvrages et des analyses qui tentent de retracer l’héritage du conceptualisme et de repenser ses objectifs. Par ailleurs, il est assez paradoxal que plusieurs œuvres d’art actuelles comportent des éléments et des approches conceptualistes, étant donné l’échec de certains aspects du programme de l’art conceptuel, à savoir son inaptitude à toucher un public élargi et non initié, et à transformer efficacement l’appareil institutionnel de l’art. Néanmoins, cette forme d’art, et les activités plus souples et immatérielles de Fluxus au cours des années 60 et 70, ont remis en question l’appareil institutionnel de l’art comme jamais auparavant, lui offrant des structures alternatives pour son existence au sein de la société. De plus, l’art conceptuel a ébranlé l’hégémonie du visuel, ouvrant la voie à des formes d’art non optiques.

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Plusieurs raisons expliquent pourquoi tant d’artistes choisissent aujourd’hui le conceptualisme, ou au moins certaines de ses stratégies. Parmi celles-ci, se trouve l’incontestable caractère critique qui sous-tend l’art conceptuel. Ses exigences par rapport aux notions conventionnelles de signature, de réception et d’objet lui ont conféré un statut particulier au sein du milieu de l’art, et ont incité plusieurs artistes, à l’émuler, à y emprunter des éléments ou à le travailler à contre-courant. Le recours de l’art conceptuel à des matériaux liés à l’information, avant même que les technologies de l’information n’aient complètement pénétré nos vies, a créé un cadre de référence très séduisant pour les artistes qui cherchent des manières de « faire œuvre » dans une économie de travail immatériel. Un autre point d’intérêt parmi plusieurs autres est son économie de moyens, qui lui a conféré une grande adaptabilité : sa capacité de révéler des complexités sous-jacentes au moyen d’un dispositif, d’un concept ou d’un processus simple en apparence.

Bien entendu, rien ne revient sous la même forme : le conceptualisme constitue une catégorie beaucoup plus large et variée que l’art conceptuel historique. En réalité, le caractère englobant du conceptualisme, nourri aujourd’hui par le féminisme, le post-colonialisme, le postmodernisme, l’esthétique relationnelle, la nouvelle temporalité du filmique et du sonore, a eu un effet bénéfique sur la réévaluation du mouvement historique, faisant éclater les limites de son caractère exclusif. Cette ouverture marque toutes les œuvres de l’exposition Filiations conceptuelles, qui travaillent le conceptualisme de diverses manières. Plusieurs de ces œuvres font directement référence, sous la forme d’une apparente recréation (Clément / Michael Snow; Mastroiacovo / William Wegman, Sol LeWitt, Dan Graham, Mel Bochner; Olson / David Askevold; Stankievech / Bruce Nauman), ou indirectement (Pavlov / Nauman), ou par la citation (Moppett / Michael Asher, Ed Ruscha) à une œuvre-concept ou processuelle. D’autres encore n’entretiennent pas ce type de lien avec l’art conceptuel tels qu’Olson, Stankievech et Wang, mais se situent néanmoins dans sa foulée. Finalement, les œuvres de Moppett insèrent des citations directes dans un ensemble qui paraît nier les principes fondamentaux ayant présidé à la réalisation des œuvres citées. Le réinvestissement, les citations et les allusions qui parcourent l’exposition Filiations conceptuelles témoignent de l’efficacité durable du mode conceptuel en ce qui a trait à la présentation des grandes problématiques de l’art. Toutefois, un examen plus attentif révèle aussi les contradictions, les déviations et les mutations du conceptuel, qui forment le point de départ d’un ensemble de nouvelles possibilités critiques.

– Michèle Thériault, commissaire

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La Galerie Leonard & Bina Ellen remercie le Conseil des Arts du Canada de son soutien à la programmation contemporaine.