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Pistes de réflexion s’adresse à tout public qui désire découvrir l’art contemporain et sa mise en exposition. Cette section propose de l’information brève et synthétique sur le concept de l’exposition, les artistes et les œuvres présentées à la Galerie. On y retrouve une présentation générale, des pistes de questionnement et de réflexion, ainsi que des suggestions de liens Internet et des références bibliographiques qui permettent d’avoir une idée globale de la pratique de ces artistes, de leurs œuvres et du commissariat qui les rassemble. Pistes de réflexion cherche d’abord et avant tout à inviter le public à venir à la Galerie faire l’expérience des œuvres dans l’exposition en cours afin de mieux comprendre les enjeux de la mise en exposition contemporaine. Lorsque les expositions sont terminées, Pistes de réflexion devient un lieu de documentation particulièrement utile pour les étudiants et chercheurs qui s’intéressent à la programmation de la Galerie.

FILIATIONS CONCEPTUELLES.
Sophie BÉLAIR CLÉMENT, THÉRÈSE MASTROIACOVO, Damian MOPPETT, Daniel OLSON, Pavel PAVLOV, Charles STANKIEVECH, Chih-Chien WANG

Exposition produite par la Galerie Leonard & Bina Ellen avec l’appui du Conseil des Arts du Canada.
Commissaire : Michèle Thériault

COMMENTAIRE DE LA COMMISSAIRE

Depuis une dizaine d’années, on assiste à une résurgence sans précédent du conceptuel en art. Il ne s’agit pas vraiment du triomphe de l’art conceptuel (du milieu des années 60 à la première moitié des années 70) sur d’autres mouvements artistiques, car le discours éclaté actuel sur le rapport de l’art à la vie et au domaine public, emmêlé aux forces redoutables et frénétiques du marché, rendent une telle proposition sans objet. Cette résurgence démontre plutôt la résistance et la polyvalence des stratégies du conceptualisme et sa capacité de travailler (et d’être travaillé par) une diversité de pratiques artistiques – dont certaines sont paradoxalement « non conceptuelles » –, qui incitent à revoir et à repenser le contexte d’origine et les œuvres qui en découlent. C’est précisément ce que plusieurs critiques et historiens ont accompli dans des ouvrages et des analyses qui tentent de retracer l’héritage du conceptualisme et de repenser ses objectifs. Par ailleurs, il est assez paradoxal que plusieurs œuvres d’art actuelles comportent des éléments et des approches conceptualistes, étant donné l’échec de certains aspects du programme de l’art conceptuel, à savoir son inaptitude à toucher un public élargi et non initié, et à transformer efficacement l’appareil institutionnel de l’art. En outre, plusieurs artistes de la fin des années 70 et du début des années 80 rejetèrent l’art conceptuel parce qu’il ne leur ouvrait pas de nouvelles possibilités d’engagement artistique. Le canadien Jeff Wall est passé au pictorialisme monumental, ne trouvant pas de nouvelles voies d’exploration du sujet social dans l’art conceptuel de la fin des années 60 et du début des années 70, déclarant qu’il tuait le langage et que son médium (fiches, dossiers, classeurs, etc.) avait un « aspect de mausolée1 ». Néanmoins, cette forme d’art, et les activités plus souples et immatérielles de Fluxus au cours des années 60 et 70, ont remis en question l’appareil institutionnel de l’art comme jamais auparavant, lui offrant des structures alternatives pour son existence au sein de la société. De plus, l’art conceptuel a ébranlé l’hégémonie du visuel, ouvrant la voie à des formes d’art non optiques.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi tant d’artistes choisissent aujourd’hui le conceptualisme, ou au moins certaines de ses stratégies. Parmi celles-ci, se trouve l’incontestable caractère critique qui sous-tend l’art conceptuel. Ses exigences par rapport aux notions conventionnelles de signature, de réception et d’objet lui ont conféré un statut particulier au sein du milieu de l’art, et ont incité plusieurs artistes, à l’émuler, à y emprunter des éléments ou à le travailler à contre-courant. Le recours de l’art conceptuel à des matériaux liés à l’information, avant même que les technologies de l’information n’aient complètement pénétré nos vies, a crée un cadre de référence très séduisant pour les artistes qui cherchent des manières de « faire œuvre » dans une économie de travail immatériel. Un autre point d’intérêt parmi plusieurs autres est son économie de moyens, qui lui a conféré une grande adaptabilité : sa capacité de révéler des complexités sous-jacentes au moyen d’un dispositif, d’un concept ou d’un processus simple en apparence.

Bien entendu, rien ne revient sous la même forme : le conceptualisme constitue une catégorie beaucoup plus large et variée que l’art conceptuel historique. En réalité, le caractère englobant du conceptualisme, nourri aujourd’hui par le féminisme, le post-colonialisme, le postmodernisme, l’esthétique relationnelle, la nouvelle temporalité du filmique et du sonore, a eu un effet bénéfique sur la réévaluation du mouvement historique, faisant éclater les limites de son caractère exclusif. Cette ouverture marque toutes les œuvres de l’exposition Filiations conceptuelles, qui travaillent le conceptualisme de diverses manières. Plusieurs de ces œuvres font directement référence, sous la forme d’une apparente recréation (Clément / Michael Snow; Mastroiacovo / William Wegman, Sol LeWitt, Dan Graham, Mel Bochner; Olson / David Askevold; Stankievech / Bruce Nauman), ou indirectement (Pavlov / Nauman), ou par la citation (Moppett / Michael Asher, Ed Ruscha) à une œuvre-concept ou processuelle. D’autres encore n’entretiennent pas ce type de lien avec l’art conceptuel tels qu’Olson, Stankievech et Wang, mais se situent néanmoins dans sa foulée. Finalement, les œuvres de Moppett insèrent des citations directes dans un ensemble qui paraît nier les principes fondamentaux ayant présidé à la réalisation des œuvres citées.

Le réinvestissement, les citations et les allusions qui parcourent l’exposition Filiations conceptuelles témoignent de l’efficacité durable du mode conceptuel en ce qui a trait à la présentation des grandes problématiques de l’art. Toutefois, un examen plus attentif révèle aussi les contradictions, les déviations et les mutations du conceptuel, qui forment le point de départ d’un ensemble de nouvelles possibilités critiques.

1. Jeff Wall, Dan Graham’s Kammerspiel, Toronto, Art Metropole, 1991, p. 19

 

POUR DE PLUS AMPLES RENSEIGNEMENTS

ALBERRO, A. (2003). Conceptual Art and the Politics of Publicity. Cambridge, Mass. : MIT Press.

ALBERRO, A. et S. Buchmann, dirs. Art After Conceptual Art. Vienna : Generali Foundation, 2006.

ALBERRO, A. et B. Stimson, dirs. (1999). Conceptual Art : A Critical Anthology. Cambridge, Mass. / London : MIT Press.

CAMNITZER, L., J. Farver et R. Weiss, dirs. (1999). Global conceptualism : points of origin 1950s-1980s. New York : Queens Museum of Art.

DE SALVO, D. dir. (2005). Open Systems: Rethinking Art c.1970. London : Tate Publishing.

GINTZ, C. et al. (1989). L'Art conceptuel, une perspective : 22 novembre 1989-18 février 1990. Paris : Musée d'art moderne de la ville de Paris.

GOLDSTEIN, A. et A. Rorimer. (1996). Reconsidering the Object of Art: 1965-1975. Cambridge, Mass. / London : MIT Press; Los Angeles : The Museum of Contemporary Art.

MORGAN, R. C. (1996). Art into Ideas : Essays on Conceptual Art. Cambridge : Cambridge / New York : Cambridge University Press.

NEWMAN, Michael et J. Bird, dirs. (1999). Rewriting Conceptual Art. London : Reaktion Books.

SCHLATTER, C. (1990). Art conceptuel, formes conceptuelles = Conceptual art, conceptual forms. Paris : Galerie 1900-2000; Galerie de Poche.

 

Sophie Bélair Clément
Thérèse Mastroiacovo
Damian Moppett
Daniel Olson
Pavel Pavlov
Charles Stankievech
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Produit avec l'appui du Frederick and Mary Kay Lowy Art Education Fund.
   
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