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DANS LE VESTIBULE AVEC FORENSIC ARCHITECTURE
Nakba Day Killings, 2014. Image tirée de la vidéo. Avec l’aimable concours de Forensic Architecture, Londres

Forensic Architecture (FA) est, depuis 2011, une agence de recherche, basée à Goldsmiths, Université de Londres, qui propose un programme avancé de recherche en architecture et en médiation pour le compte de procureurs internationaux, d’organisations protectrices des droits humains, ainsi que pour des groupes de justice politique et environnementale. Leur équipe collige et analyse des données et des preuves judiciaires – qu’elles soient issues de technologie traditionnelle ou nouvelle – provenant de sites dénonçant les violations des droits de la personne, dans le but de réaliser des descriptions graphiques et des études scientifiques probatoires pour permettre d’élaborer des plaidoyers. Forensic Architecture est aussi une discipline émergente développée à Goldsmiths qui se concentre sur la production et la présentation de preuves judiciaires reposant sur le domaine architectural – constructions ou environnements plus étendus – et leur représentation médiatique.

Forensic Architecture reçoit le soutien du Conseil européen de la recherche, de la OAK Foundation, de la Potter Foundation et du fonds Sigrid Rausing.

L’introduction de la commissaire de l’exposition Michèle Thériault peut être lue ici.

BIBLIOGRAPHIE

Agamben, Giorgio. « Au-delà des droits de l’homme ». Moyens sans fins : Notes sur la politique. Traduit par Danièle Valin. Paris : Payot et Rivages, 1995, 25-37.

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Azoulay, Ariella. The Civil Contract of Photography. New York : Zone Books, 2008.

Enwezor, Okwui. “Documentary/Verité: Bio-politics, Human Rights, and the Figure of ‘Truth’ in Contemporary Art.” The Green Room: Reconsidering the Documentary and Contemporary Art #1, edited by Maria Lind and Hito Steyerl. Berlin : Sternberg Press, 2008. 62-102.

Daston, Lorraine and Peter Galison. Objectivity. New York : Zone Books, 2007.

Lire la suite

Felman, Shoshana. Testimony: Crises of Witnessing in Literature, Psychoanalysis, and History. New York : Routledge, 1992.

Foucault, Michel. Le Courage de la vérité: Le Gouvernement de soi et des autres II, cours au Collège de France, 1984. Paris : Gallimard/Seuil , 2009.

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Keenan, Thomas. “Counter-forensics and Photography.” Grey Room 55 (Printemps 2014) : 58-77.

Keenan, Thomas and Eyal Weizman. Mengele’s Skull: The Advent of a Forensic Aesthetics. Berlin : Sternberg Press, 2011.

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Mbembe, Achille. « Nécropolitique ». Raisons politiques 1, no 21 (2006) : 29-60.

Sekula, Allan. « Le corps et l’archive ». Ecrits sur la photographie 1974-1986. Paris : Les Éditions de Beaux-arts de Paris, 2013 : 221-297.

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Weizman, Eyal. A travers les murs : L’architecture de la nouvelle guerre urbaine. Traduit par Isabelle Taudière. Paris : La Fabrique, 2008.

Weizman, Eyal. « Israël et la “guerre humanitaire” ». Traduit par Rémy Toulouse. Article11, 7 juillet 2013. <http://www.article11.info/?Israel-et-la-guerre-humanitaire>

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Produit avec l’appui du Frederick and Mary Kay Lowy Art Education Fund.

Traduction : Ginette Jubinville

COMMISSAIRE

Michèle Thériault

Michèle Thériault est commissaire, critique et éditrice. Elle s’intéresse aux enjeux traductifs en art, aux cadres de références, au lieu d’exposition et à la connaissance en art. Depuis 2003, elle est directrice de la Galerie Ellen de l’Université Concordia où elle a mis sur pied une programmation qui réfléchit à la production artistique actuelle et l’activité curatoriale dans un dialogue avec l’histoire récente de l’art contemporain. Elle a commissarié de nombreuses expositions avec des artistes d’ici et d’ailleurs dont Timelength avec de Rijke et de Rooij, Snow, Warhol, Grandmaison (2004); Claude Tousignant. Trois peintures, une sculpture, trois espaces (2005); la première exposition en Amérique du Nord des installations du cinéaste allemand Harun Farocki : One doesn’t take the place of the previous one (2007); Silvia Kolbowski. Nothing and Everything (2009), Kent Monkman: My Treaty is With The Crown (2011). Elle a également été co-commissaire de Trafic. L’art conceptuel au Canada 1965-1980. Elle a édité de nombreux ouvrages et signé des essais divers.

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ÉQUIPES DE RECHERCHE

The Left-to-Die Boat

CHARLES HELLER

Originaire de Genève, Charles Heller a complété un Masters in International Studies (Maîtrise en études internationales) à Goldsmiths, Université de Londres et a obtenu un diplôme en beaux-arts de l’École supérieure des beaux-arts de Genève. Depuis quelques années il a principalement concentré son travail sur les politiques de migration et la politicité de l’art et des médias. Il travaille actuellement à produire la preuve judiciaire vidéo et spatiale de la non-assistance aux migrants en mer pendant l’intervention de l’OTAN en Libye. Il est actuellement doctorant en recherche architecturale à Goldsmiths.

LORENZO PEZZANI

Lorenzo Pezzani est architecte, chercheur et doctorant au Centre for Research Architecture (Centre de recherche en architecture) à Goldsmiths. Son travail se concentre sur les politiques spatiales, les droits de la personne et les médias.

SITU Research

SITU Research – faisant partie de SITU Studio – pratique un design interdisciplinaire de visualisation et d’analyse spatiales. La volonté de ses membres étant de développer des stratégies novatrices et de nouveaux outils, SITU Research s’appuie sur de solides bases dans les domaines de l’architecture, de l’étude des matériaux et en instrumentation numérique, lui permettant de collaborer et de contribuer à un champ diversifié de domaines. L’application directe de son travail est une valeur fondamentale chez SITU Research – l’atelier cherche à relever des défis relevant de considérations spatiales contemporaines urgentes – qu’elles soient de nature sociale, scientifique ou artistique.

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Nakba Day Killings

EYAL WEIZMAN (Enquêteur principal)

Eyal Weizman est un architecte, professeur en cultures spatiales et visuelles et directeur du Centre for Research Architecture (Centre de recherche en architecture) à Goldsmiths, Université de Londres. Il est un membre fondateur du programme en architecture Decolonizing Architecture Art Residency (DAAR) à Beit Sahour/Palestine. On compte parmi ses publications les ouvrages Mengele’s Skull (avec Thomas Keenan à Sternberg Press, 2012), Forensic Architecture (dOCUMENTA13 notebook, 2012), The Least of All Possible Evils (Nottetempo 2009, Verso 2011), Hollow Land (Verso, 2007), A Civilian Occupation (Verso, 2003), les séries Territories 1, 2 et 3, Yellow Rhythms et de nombreux articles publiés dans des journaux, des magazines et des ouvrages édités. Il a travaillé avec un grand nombre d’ONG dans le monde entier et a été membre du conseil d’administration de B’Tselem. Il a donné et organisé de nombreuses conférences dans différentes institutions autour du monde.

NICK AXEL (Recherche et coordination)

Nick Axel travaille pour Forensic Architecture depuis 2014 et il a contribué aux projets Nakba Day Killings et Rafah: Black Friday, sur les plans de la recherche, de la coordination, de l’édition et du design interactif. En 2015, il a travaillé sur The Gaza Transcripts, projet de recherche mené à l’Université Bauhaus de Weimar et au Centre for Documentary Architecture (Centre de documentation architecturale). Nick a gradué avec mention en 2014 du Centre for Research Architecture (Centre de recherche en architecture), où il a conduit une recherche, tant géographique, que légale et financière sur la question de la dérèglementation de la fracturation hydraulique aux États-Unis. En plus de son travail à Forensic Architecture, Nick est le rédacteur en chef du magazine Volume.

STEFFEN KRAEMER (Composition vidéo et montage)

Steffen Kraemer a complété un MA en recherche architecturale à Goldsmiths, Université de Londres et il détient un diplôme en Communication in Social and Economic Contexts (Communication en contextes sociaux et économiques) de l’Université des Arts de Berlin. Il travaille en tant qu’éditeur vidéo indépendant, cinéaste et producteur de projets audiovisuels – individuels ou collectifs – ayant un intérêt pour le documentaire expérimental et le film d’essai touchant aux questions de l’architecture et des appareils médiatiques contemporains. Il enseigne le design médiatique et la théorie au Department of Applied Media Studies (Département d’études médiatiques appliquées) à l’Université de Cottbus.

LAWRENCE ABU HAMDAN (Analyse audio)

Lawrence Abu Hamdan est un artiste et un chercheur travaillant à Londres. Son travail explore le statut juridique de la voix. Parmi ses expositions individuelles, on compte The Freedom of Speech Itself (2012) à la galerie The Showroom à Londres, Aural Contract: The Whole Truth (2012) à Casco, Utrecht, et plus récemment Tape Echo (2013) à Beirut au Caire. Il est actuellement doctorant en recherche architecturale à Goldsmiths.

JACOB BURNS (Recherche)

Jacob Burns est un auteur et un chercheur qui s’est joint à Forensic Architecture pour travailler sur le projet Drone Strikes et il se concentre maintenant sur le travail du groupe à Gaza. Il a été résident DAAR à l’hiver 2015.

DÉFENSE DES ENFANTS INTERNATIONAL PALESTINE (DEIP)

Défense des Enfants International Palestine (DEIP) a pour mission d’assurer un avenir juste et viable aux enfants palestiniens en Territoires palestiniens occupés.

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ENQUÊTES

The Left-to-Die Boat par Forensic Oceanography

The Left-to-Die Boat, 2012

Station d’ordinateur et Liquid Traces: The Left-to-Die Boat Case, 2014, vidéo numérique, 17 min 59 s

Équipe de recherche : Charles Heller + Lorenzo Pezzani. En collaboration avec SITU Research

Avec l’aimable concours de Forensic Oceanography, Londres

Le projet Forensic Oceanography a été lancé à l’été 2011 pour soutenir une coalition d’ONG cherchant à désigner qui doit être tenu responsable pour la mort de migrants en Méditerranée centrale alors que cette région était étroitement contrôlée par la coalition menée par l’OTAN intervenant en Libye. Leur principale cible d’étude se concentre sur le cas que l’on connaît maintenant sous l’appellation Left-to-die boat (Bateau laissé à la dérive), dans lequel soixante-trois migrants ont perdu la vie alors que leur bateau a dérivé pendant quatorze jours dans la zone de surveillance maritime de l’OTAN.

En allant à contre-courant dans notre utilisation des technologies de surveillance, nous avons pu reconstruire avec précision le déroulement des événements et démontrer comment les différents acteurs actifs en Méditerranée centrale ont utilisé des juridictions complexes et se superposant, dans le but d’éluder la responsabilité qui était la leur de sauver ces gens en détresse. Le rapport que nous avons produit a servi de base pour un certain nombre de pétitions légales déposées contre des États membres de l’OTAN.

L’application ultime du projet Left-to-die boat se concrétise en une suite de procédures judiciaires menées par une coalition d’ONG* portant sur la non-assistance aux personnes en détresse en mer. Ces cas ont été déposés en France, en Italie, en Belgique et en Espagne, alors que des requêtes en Droit à l’information ont été soumises au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ces initiatives, ainsi qu’une enquête menée par le Conseil de l’Europe et par plusieurs journalistes, ont forcé certains états et des militaires impliqués à rendre accessibles de nouvelles données sur les événements. La reconstruction des faits dont fait état le rapport de Forensic Oceanography n’a jamais été contestée par ces nouvelles données; cependant, les informations fournies sont demeurées vagues et incomplètes et ne nous ont pas encore permis de déterminer à qui revient la responsabilité légale de la mort de soixante-trois personnes à bord du bateau Left-to-die.

* La liste des organisations appartenant à cette coalition comprend : The Aire Center, Agenzia Habeshia, Associazione Ricreativa et Culturale Italiana (ARCI), Associazione per gli Studi Giuridici sull’Immigrazione (ASGI), Boats4People, Centre canadien pour la justice internationale, Coordination et initiatives pour Les réfugiés et les immigrés (Ciré), la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Ligue belge des droits de l’homme (LDH), Ligue française des droits de l’Homme (LDH), Migreurop, Progress Lawyers Network, Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) et Unione Forense per la Tutela dei Diritti Umani (UFTDU).

EXPLOREZ

Liberté de mouvement et perturbation : considérer comment Liquid Traces (Traces liquides) commence par une comparaison entre l’histoire du commerce et la connectivité en Méditerranée et la Méditerranée d’aujourd’hui considérée comme ligne de démarcation ou, en l’occurrence, comme point mort, entre l’Afrique du Nord et la zone européenne.

Visualisation et circulation : comment la carte préparée par Forensic Oceanography a été reprise, modifiée et redistribuée dans différents médias. Comment la circulation de cette carte non seulement prolonge et poursuit les revendications de l’enquête, mais également contribue à constituer l’espace du « forum », tel qu’entendu par l’agence, comme étant la base des études forensiques.

POUR DE PLUS AMPLES RENSEIGNEMENTS

L’enquête « The Left-to-Die Boat » sur forensic-architecture.org <http://www.forensic-architecture.org/case/left-die-boat/>

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Nakba Day Killings par Forensic Architecture

Nakba Day Killings, 2014

Station d’ordinateur et le synopsis de vidéo Nakba Day Killings, 2014, vidéo numérique, 2 min 44 s

Équipe de recherche : Eyal Weizman, Nick Axel, Steffen Kraemer, Lawrence Abu Hamdan, Jacob Burns. En collaboration avec Défense des Enfants International Palestine (DEIP)

Avec l’aimable concours de Forensic Architecture, Londres

Chaque année le 15 mai, des commémorations et des manifestations de résistance ont lieu partout en Palestine rappelant la catastrophe – Nakba en arabe – de 1948, moment où les Palestiniens ont été brutalement exilés de leur terre qui, par la suite, est devenue Israël. En 2014, le jour de la Nakba, une protestation a culminé en de violents heurts avec les forces de sécurité israéliennes à l’extérieur de la prison d’Ofer dans la ville de Beitunia, à côté de Ramallah. Deux adolescents, Nadeem Nawara, 17 ans et Mohammad Mahmoud Odeh Abu Daher, 16 ans, ont été tués par balles, et les images des événements ont été captées par des équipes de tournage de télévision et des caméras de surveillance. Les vidéos ont montré que les deux adolescents palestiniens ont été abattus alors qu’ils marchaient non armés et ne constituant aucune menace. Une vidéo, captée par CNN, a saisi l’image de deux membres différents des forces de sécurité israéliennes déchargeant leurs armes sur les protestataires; elle fait ensuite un panoramique et on peut voir le corps de Nawara étant porté vers une ambulance. Malgré cette preuve filmée, les forces de sécurité israéliennes nient avoir commis ce massacre.

Le mouvement Défense des enfants International (DEI) Palestine, agissant au nom des parents des adolescents, a mandaté Forensic Architecture pour examiner tout le matériel disponible en rapport à ces deux meurtres et pour produire un dossier de preuves pouvant être utilisées afin de tenir responsables les auteurs de ces crimes. Le rapport permet d’établir des preuves irréfutables afin d’identifier qui a tiré et tué les deux adolescents et permet aussi de démontrer si l’acte était intentionnel ou non. Nous avons identifié le policier aux frontières qui a tué Nawara et avons prouvé hors de tout doute raisonnable que son action était intentionnelle.

Nawara a été tué à balles réelles alors que pourtant, le policier utilisait un dispositif fait pour tirer des balles d’acier enrobées de caoutchouc. L’analyse démontre que le policier aux frontières a sciemment tiré à balles réelles et qu’il a essayé de dissimuler cette action. Par les technologies audio d’avant-garde de la science d’analyse forensique, nous avons pu établir qu’un même processus a été employé pour tuer Abu Daher. Puisque nous ne disposons pas de matériel suffisant pour déterminer l’identité du policier qui a tiré sur Abu Daher, nous croyons que celui-ci a été tué par le même policier ou par un de ses collègues opérant de la même manière.

Le 23 novembre 2014, l’armée israélienne a inculpé le policier aux frontières, arrêté plus tôt ce même mois, pour l’homicide de Nadeem Nawara. C’est un fait extrêmement rare que des charges judiciaires soient portées contre des membres du personnel de sécurité d’Israël. Ceci a été rendu possible par l’existence des vidéos. Mais pourtant, malgré le fait que des caméras captaient la scène au moment de sa mort, aucune responsabilité n’a été admise pour le meurtre d’Abu Daher ce même jour. Nous reposant sur nos découvertes, nous soutenons la réclamation de Siam Nawara (le père de Nadeem) voulant que le policier aux frontières soit inculpé de meurtre et que les campagnes publiques israéliennes demandant de le disculper soient réfutées. Nous demandons aussi que des charges soient portées pour le meurtre d’Abu Daher.

EXPLOREZ

Analyse à distance : considérer comment le champ d’investigation est extrapolé à partir d’une documentation peu détaillée : trois photographies, un plan municipal en vue aérienne, des images en basse résolution de caméras de sécurité, un court reportage médiatique, et les bruits d’une succession de tirs de balles.

Recherche et praxis : comment l’équipe d’enquêteurs prend en considération l’expertise et la réaction des Palestiniens vivant sous l’occupation, reconnaissant leur discernement aigu à distinguer entre le son émis par un tir à balles d’acier enrobées de caoutchouc et un tir à balles réelles, et ce, malgré les tentatives des Forces de sécurité israéliennes de dissimuler le fait que des balles réelles ont été utilisées dans ce cas.

POUR DE PLUS AMPLES RENSEIGNEMENTS

L’enquête « Nakba Day Killings » sur forensic-architecture.org <http://www.forensic-architecture.org/case/nakba-day-killngs/>

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CONCEPTS CLÉS

Forensis

À l’origine, l’adjectif latin forensis a signifié « se rapportant au forum ». Le forum était un endroit animé : cette place était, entre autres, un lieu de marché, un lieu de rencontre, l’endroit où la cour de justice se tenait. Dans un certain nombre de ses discours, Cicéron a utilisé l’adjectif forensis et même si le plus souvent le terme était utilisé dans son sens le plus large, soit celui de l’art du forum, il apparaît qu’à certaines occasions, il l’a utilisé dans son sens plus spécifique, le sens juridique. Au Moyen Âge le traducteur flamand Willem van Moerbeke a utilisé le terme forensis pour traduire l’adjectif grec dikanikos qui apparaît dans La Rhétorique d’Aristote et qui a un sens littéralement juridique. C’était, sans équivoque, une utilisation légale du terme forensis, mais limitée toutefois à la question des plaidoyers des avocats. Ce n’est qu’au dix-septième siècle que la langue anglaise a absorbé le terme latin, mais cette fois, sous la forme forensic. Le sens original du terme, relatif au forum ou à la cour, est maintenu durant le début du dix-neuvième siècle, lorsque Carlyle parle « de l’éloquence forensique ». Ce n’est qu’au milieu du dix-neuvième siècle, période de grand développement scientifique, que le terme forensic a commencé à être utilisé pour désigner une enquête légale scientifique. Le premier cas de cette utilisation moderne du terme forensic se retrouve dans H. J. Stephen’s New Commentaries on the Laws of England (Les nouveaux commentaires de H. J. Stephen sur les Lois d’Angleterre), publié en quatre volumes en 1844. Dès le début de l’introduction il expose ceci : “To gentlemen of the faculty of physic the study of the law is attended with some importance, not only to complete their character for general and extensive knowledge, a character which their profession has always remarkably deserved, but also to enable them to give more satisfactory evidence in a variety of cases in which they are liable to be examined as witnesses.” (« Pour ces messieurs de la faculté de médecine, l’étude de la loi est importante, non seulement pour compléter leur formation par une connaissance générale et étendue – un trait de caractère que leur profession a toujours remarquablement mérité – mais également pour leur permettre de donner des preuves plus convaincantes dans de nombreux cas dans lesquels ils sont susceptibles d’être questionnés à titre de témoins ».)

Source : Forensic Architecture – Lexicon <http://www.forensic-architecture.org/lexiconentries/>

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Esthétique forensique

La science forensique a généré un changement dans la capacité communicative et l’agencéité des choses1. Cette approche matérielle se perçoit de manière déterminante par le rôle omniprésent joué par les technologies dans les nouvelles façons contemporaines d’observer et de savoir. De nos jours, les décisions légales et politiques reposent souvent sur la capacité technologique de lire et de présenter des échantillons d’ADN, des numérisations 3-D, sur la nanotechnologie, la vision augmentée de microscopes électromagnétiques et la surveillance satellite, technologie qui s’étend de la topographie du fond de la mer jusqu’aux restes de bâtiments détruits ou bombardés. Ce n’est pas que de la science, c’est toute une rhétorique portant des implications géopolitiques, socio-économiques, environnementales, scientifiques et culturelles considérables. Ainsi, l’esthétique forensique porte sur l’apparence des choses dans le forum – les gestes, les techniques, les technologies de preuve; les méthodes de théâtralité, de narration, de dramatisation; les retouches d’images et les technologies de projection; la construction ou la destruction de réputations, de crédibilités, de compétences.

  1. Il est à noter que la langue française utilise de plus en plus le terme forensique dans son sens anglo-américain, mais l’on voit aussi, portant le même sens, le terme criminalistique.

Source : Forensic Architecture – Lexicon <http://www.forensic-architecture.org/lexiconentries/>

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Contre-forensiques

1. Un terme technique en criminologie faisant référence aux efforts déployés à l’avance pour contrecarrer ou empêcher l’enquête criminalistique (forensique) d’objets physiques ou numériques, incluant tant les documents et les photographies que les corps, le sol, les armes ou leurs résidus, les bâtiments, etc. Système d’opérations souvent sophistiquées, relevant du précepte « ne laisser aucune trace », les pratiques contre-forensiques cherchent activement à empêcher la possibilité de recueillir des traces et/ou à les effacer ou les détruire avant qu’elles ne puissent être récupérées comme preuves. 2. Un terme inventé par le photographe et auteur Allan Sekula pour décrire le déploiement de techniques forensiques– tirées des méthodes policières – par des enquêteurs sur le respect des droits humains et leurs collaborateurs (incluant des anthropologues, des photographes et des psychothérapeutes) qui cherchent à défier les régimes oppresseurs ou à répondre aux conséquences de leurs actions. Sekula écrit, référant principalement au travail de Clyde Snow et de Susan Meiselas au Kurdistan après la première Guerre du Golfe : « Counter forensics, the exhumation and identification of the anonymised (‘disappeared’) bodies of the oppressor state’s victims, becomes the key to a process of political resistance and mourning ». (« La science contre-forensique, l’exhumation et l’identification de corps devenus anonymes (‘disparus’), les corps des victimes d’états oppresseurs, deviennent des éléments essentiels dans le processus de résistance politique et de deuil ».)

Source : Forensic Architecture – Lexicon <http://www.forensic-architecture.org/lexiconentries/>

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Champs de causalité

Le champ de causalité réfère à la division champ / forum à Forensic Architecture. Le champ, tel qu’entendu ici, n’est pas un objet distinct et autonome, ni un arrière-plan neutre sur ou contre lequel se déroule l’action humaine, mais un dense réseau de relations latérales, d’associations et d’enchaînements d’actions qui interviennent aux différents échelons et dans la matérialité de grands environnements, d’individus et d’actions collectives. Il excède toute carte qui chercherait à l’encadrer car en dehors de ce cadre, toujours plus de connexions et de relations sont à faire. Les champs de causalité remettent en question les épistémologies contemporaines car ils exigent un changement au niveau des modèles explicatifs et des structures des liens de causalité. Dans une telle perspective, l’analyse de conflits armés ne peut plus se conformer au modèle de droit pénal qui cherche à tracer une ligne de causalité directe entre les deux figures extrêmes que sont la victime et l’auteur du crime. L’établissement des champs de causalité nécessite l’examen de champs de force et d’écosystèmes qui ne sont plus linéaires, mais diffusés et fonctionnant simultanément, impliquant de multiples agents et des boucles de rétroaction. Là où la causalité linéaire se concentre sur la séquentialité des événements temporels, le champ de causalité implique l’agencement des causes en un ensemble de relations spatiales agissant les unes sur les autres.

Source : Forensic Architecture – Lexicon <http://www.forensic-architecture.org/lexiconentries/>

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