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LES NORD MAGNÉTIQUES
Copyright : International Boundary Research Group, Durham University, Royaume-Uni

COMMENTAIRE DE CHARLES STANKIEVECH

De loin, les phénomènes variables du Nord magnétique nous servent de guides, comme l’étoile Polaire, mais plus on se rapproche du domaine mystérieux de l’Arctique, la navigation et les communications commencent à se dérégler, forçant le nomade à faire l’expérience d’un no man’s land. Le passé de l’Arctique a été marqué nonseulement par la colonisation militaire et religieuse, par la conduite de tests dangereux et par un mépris envers un écosystème fragile, mais aussi par des projets inventifs et sensibles. Dans le cube blanc de la galerie, agissant ici comme substitut au paysage minimaliste du sublime arctique, l’exposition prend comme point de départ la spéculation de Mercator, en 1595, quant à l’existence de deux pôles Nord magnétiques, pour conclure avec des représentations géomatiques récentes effectuées par un gouvernement aborigène. Entre ces repères visuels, une constellation de documents, de photographies, de sculptures, de transmissions radiophoniques, de projections de films et d’installations configure des territoires où se chevauchent artefacts utilitaires et œuvres conceptuelles. Le survol commence avec les entreprises techno-militaires de Thomas Edison, de R. Buckminster Fuller, de l’Office national du film du Canada et des Forces armées américaines; procède à un retour sur l’art conceptuel des années 1960 et 1970 avec Glenn Gould, N.E. Thing Co., Lawrence Weiner, Joyce Wieland et Michael Snow, entre autres; et propose une sélection d’artistes contemporains qui s’intéressent à ces deux axes. Loin d’être une terra incognita, l’Arctique, tout comme cette exposition, opère à la fois comme réserve historique et espace de projection de fantasmes, générant des déformations électromagnétiques, des fortunes instantanées, des concours de pisse, des guerres de science-fiction, des cieux psychédéliques, des théories de complot, des pièces montées critiques, des pertes chamaniques et des cartographies éclatées.

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Une constellation de concepts pour naviguer dans l’exposition :

AURORES BORÉALES : Que l’on croit que ce sont des esprits voyageant dans le ciel ou l’action de particules chargées de vent solaire dans la magnétosphère, les aurores boréales ont stimulé l’imagination des anciens, des explorateurs et des scientifiques, autant que des touristes et des artistes. Avant le siècle dernier, on ne savait pas que l’interaction entre ces particules et la haute atmosphère pouvait créer des cieux aussi luminescents, et c’est cet écart épistémologique qui a donné lieu à un florilège d’explications folkloriques, allant d’histoires de fantômes à des gens prétendant avoir entendu le phénomène. Aujourd’hui, il est possible de produire des spectacles cosmiques artificiels, avec des expériences radio-ionosphériques de haute puissance comme celles menées dans le cadre des programmes HAARP (High Frequency Active Auroral Research Project) ou HANE (High Altitude Nuclear Explosions).

FRONTIÈRES : « Une frontière n’est pas une connexion, mais un intervalle de résonance », disait Marshall McLuhan en parlant de la région arctique du Canada située entre la Russie et les États-Unis. Comme les bancs de neige en dérive de la toundra, le paysage nordique est constamment en mouvement, à la fois géologiquement et politiquement. Ici, non seulement les frontières sont-elles fluides et constamment renégociées, mais elles se chevauchent et s’interpénètrent. Le cercle polaire arctique, qu’on situe couramment au parallèle 66º de latitude nord, est en fait une zone mouvante qui dépend du déplacement des astres, et le débat sur ce qui devrait être considéré le « Nord » est un enjeu de longue date ne se limitant pas à la démarcation politique connue sous le nom de « 60e parallèle nord ». Après des décennies de négociations, des ententes sur les revendications territoriales dans le nord ont finalement abouti (depuis à peine dix ans) entre la Couronne et les Premières Nations. Elles font maintenant l’objet de plus amples négociations entre les Premières Nations souveraines, lesquelles doivent s’adapter à un type de cartographie qui n’est pas compatible avec les parcours nomades qu’ils utilisent pour la chasse sur leur territoire traditionnel. En même temps, on sait que le Canada fonde sa souveraineté au sein de l’archipel arctique sur l’argument que les Autochtones migrent sur la glace : un joli pas de deux dans la tentative d’obtenir juridiction sur le passage du Nord-Ouest qui est en train de fondre et que les pays du monde entier désirent exploiter pour tracer des itinéraires de transport plus rapides. De plus, espérant acquérir davantage d’immobilier pour en extraire des ressources naturelles, les pays polaires situés autour de l’hémisphère nordique tentent d’élargir leur juridiction vers le nord, au-delà de la zone tampon côtière de 200 miles nautiques, en ayant recours à des hypothèses scientifiques voulant que le plateau continental d’une nation se poursuive sous l’océan Arctique. Il existe peu d’endroits sur terre avec autant de frontières internationalement disputées et en permutation constante en raison de pressions célestes, culturelles, économiques, politiques et scientifiques.

CBC : La Canadian Broadcasting Corporation est une corporation de la Couronne qui a été créée en 1936 et qui a été utilisée comme réseau médiatique de propagande nationaliste via la radio et la télévision auxquelles s’ajoutent aujourd’hui l’Internet et la radio satellite. La CBC comprend une division spéciale pour le nord qui offre une programmation faite sur mesure pour la région et qui porte une attention particulière aux événements communautaires et aux langues locales. Au fil des ans, la CBC a également commandé une foule de nouvelles compositions, par exemple le North/White pour orchestre et machine à neige de R. Murray Schafer, et elle a réalisé de nombreux enregistrements ethno-musicaux, de même que divers documentaires radiophoniques et télévisuels, dont « Idea of North », l’important documentaire radio de Glenn Gould qui remonte à 1967.

ART CONCEPTUEL : Au cours des années 1960 et 1970 au Canada, un style d’art conceptuel a vu le jour et proposé la triade suivante : paysage – performance – document. Dans certains scénarios, la performance était appariée à un artiste et le document, à un théoricien ou à un critique. Le parangon de ce type de production est une expédition aux Territoires du Nord-Ouest faite par N.E. Thing Co., Lawrence Weiner et Harry Savage, en compagnie de Lucy Lippard. La création de ces œuvres éphémères – uriner dans la neige ou marcher dans la ville pour NETCO, tirer à la carabine ou détourner un cours d’eau pour Weiner, et faire de la glace en forme de chaîne par Savage – serait en grande partie passée inaperçue dans un endroit aussi lointain sans le travail de documentation des projets entrepris par Lippard, qui a photographié la réalisation des œuvres et a écrit à leur sujet par la suite. NETCO a formalisé cette relation symbiotique dans l’œuvre intitulée « Lucy Lippard Walking Toward True North », attirant l’attention sur cette collaboration normalement invisible de l’art et la situant dans le cadre du paysage esthétique que cette partenaire avait contribué à créer par sa contextualisation écrite.

DOCUMENT : Dans un paysage soumis à des changements saisonniers extrêmes et sur une « terre » souvent composée d’eau gelée, le document joue un rôle essentiel pour communiquer des événements éphémères se déroulant dans une région située à l’écart de la majorité des habitants du pays. Qu’il prenne la forme d’un enregistrement sonore de Glenn Gould ou de Jean-Jacques Nattiez, de l’affiche d’une performance de N.E. Thing Co., d’un documentaire de l’ONF ou d’un essai photographique sur le pipeline de l’Alaska par le Center for Land Use Interpretation, le document sert à présenter une idée, un événement ou un endroit que peu de gens peuvent voir en personne. Ne pas disposer de tels documents crée la même situation problématique vécue par des explorateurs comme Cook et Peary quand ils tentaient de prouver qu’ils avaient véritablement atteint le pôle Nord. Inversement, en raison de la planification nécessaire à la bonne marche de projets dans le nord, des croquis, des plans, des cartes et d’autres documents utilitaires sont requis pour assurer l’implémentation réussie de ces entreprises. Ces deux types de documents deviennent donc des artefacts et des traces aussi bien de cultures en voie de disparition que d’expéditions menées.

FIELDWORK : Un fieldwork (travail ou œuvre sur le terrain) prend en compte le site géographique, mais fausse ensuite notre perception de l’espace à la manière d’un « attracteur étrange » en mathématiques. Partagé entre l’histoire de l’installation en art (qui peut moduler l’architecture environnante et la perception phénoménologique du spectateur) et l’histoire de l’art in situ ou l’earthwork (qui accentue l’histoire ou la matérialité d’un site), un fieldwork crée sa propre architecture temporaire dans un espace ou un paysage. Toutefois, ce paysage ne doit pas nécessairement être naturel et l’architecture ne doit pas nécessairement être un abri ou une sculpture, mais tous deux peuvent se composer de matériaux sonores, de champs électromagnétiques, de fluctuations lumineuses ou de relations. Fondamentalement, un fieldwork est dynamique et géospatial.

RADÔME GÉODÉSIQUE : D’abord construit en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale pour abriter le planétarium Zeiss à Berlin, le dôme géodésique a été popularisé par R. Buckminster Fuller, qui en détenait le brevet. Au début des années 1950, Fuller a collaboré avec les Lincoln Labs du MIT et le ministère de la Défense des États-Unis pour créer les premiers radômes, ou dômes à arêtes destinés à protéger les antennes, pour abriter celles de radars arctiques et ainsi leur permettre de fonctionner par vent, neige, glace ou verglas, tout en étant faciles à transporter et à assembler. Le design par ingénierie répartie du dôme géodésique a annoncé le programme ARPANET; on peut considérer qu’il symbolise le passage, en guerre moderne, du conflit direct sur un front commun au combat électromagnétique contemporain qui se fait via des réseaux interconnectés. À la fin des années 1960, le statut iconique du dôme géodésique en tant qu’architecture DEW (Distant Early Warning) a été malmené par certaines cultures alternatives, par exemple la communauté de Drop City, dans leur tentative d’exprimer le concept de « Spaceship Earth » de Fuller ainsi que ses préoccupations écologiques. Aujourd’hui, les dômes géodésiques représentent l’ambiguïté d’opérations militaires invisibles dans le domaine électromagnétique, de même que les utopies de la contre-culture, tout en faisant référence à un autre type de dôme polaire : l’igloo.

GUERRE DE HOT : Peu de régions sont aussi visiblement marquées par la présence militaire, en termes d’expérimentation et d’infrastructure, que l’Arctique, même si – ironiquement – il ne s’y est pratiquement pas déroulé de combat actif. En raison de son engagement dans les télécommunications, l’établissement d’avant-postes, le soutien scientifique, la cartographie, la formation ainsi que dans l’exploration, l’armée a un long passé dans l’Arctique, et ce peut-être parce que peu d’autres organismes peuvent se permettre l’investissement requis pour travailler dans cet environnement ou ressentent l’extrême besoin d’être présents dans un climat aussi rigoureux (les pétrolières étant l’exception principale). Engendré par le film Star Wars, Épisode V : L’Empire contre-attaque, l’expression « Hothian Warfare » (ou Guerre de Hot) renvoie à des stratégies utilisées en régions polaires qui ont recours à des technologies avancées proches du fantastique. Celles-ci comprennent, entre autres, des avant-postes de radar ALERT et DEW, des explosions nucléaires en haute altitude (HANE) et des tests de missiles, l’Initiative de Défense stratégique en stratosphère (également connue sous le nom de Guerre des étoiles), le programme HAARP (High Frequency Active Auroral Research Project), des patrouilles de sous-marins nucléaires capables de faire surface à travers la banquise, des drones télécommandés explorant le fond de la mer et des stations nucléaires d’exploration pétrolière sur les côtes de la Russie.

PAYSAGE : Que l’on pense au Groupe des Sept, à Emily Carr, Glenn Gould, Margaret Atwood, R. Murray Schafer ou à d’autres artistes canadiens iconiques de disciplines diverses, il est clair que le paysage joue un rôle déterminant dans l’« art canadien ». Même les artistes étrangers y viennent pour inscrire précisément leurs travaux dans le paysage canadien; par exemple, des œuvres comme le premier earthwork planifié de Robert Smithson (Island of Broken Glass, non réalisé), l’expédition de Lucy Lippard et Lawrence Weiner à Inuvik, aux Territoires du Nord-Ouest, avec N.E. Thing Co. ou les sculptures naturelles d’Andy Goldsworthy en Nouvelle-Écosse. Le paysage n’est pas seulement un lieu; il est également un matériau et une force qu’il faut prendre en compte. Dans le cas de l’Arctique, l’écosystème le plus iconique au Canada, le paysage minimaliste conserve une aura fantasmatique singulière, en tant que lieu où tout et rien peuvent arriver à la fois, comme dans la « zone » d’Andreï Tarkovski.

CARTOGRAPHIE : L’Arctique est difficile à représenter sous quelque forme que ce soit; en effet, c’est l’un des derniers endroits au monde à avoir été cartographié. Avec la projection standard de Mercator (celle qu’on a connue à l’école et qu’on revoit sur les cartes Google), le territoire est de plus en plus déformé au fur et à mesure qu’on avance vers le nord, au point où le pôle Nord est infiniment étendu sur une ligne tout au long de la partie supérieure de la carte. Toutefois, sans carte, l’identité nationale ne peut se définir, les ressources ne peuvent se revendiquer et les itinéraires de transport ne peuvent s’établir. Conséquemment, qu’elle soit sculptée sur les cartes côtières tactiles des Inuits ou créée à l’aide de la plus récente technologie géomatique, la carte devient un site condensé de projections idéologiques. Cela vaut également pour la carte fantastique de Mercator, qui remonte à 1595 et qui illustre un mont magnétique et quatre continents au pôle Nord, et pour la revendication d’un territoire traditionnel par les forces industrielles et politiques du gouvernement de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in.

OFFICE NATIONAL DU FILM (ONF) : Bien qu’elle soit sans doute mieux connue à travers le monde pour ses dessins animés signés par des auteurs, l’ONF est également synonyme de l’invention du « documentaire » sous la gouverne de John Grierson, premier à utiliser ce terme et commissaire fondateur de l’ONF. Comme branche d’un gouvernement intéressé à explorer les médiums audiovisuels pour générer des changements sociaux, l’ONF a vu son travail passer par plusieurs phases, allant de la propagande de guerre à ses débuts, dans les années 1940 et 1950, jusqu’aux productions à contenu plus culturel qui servent de babillards à une nation ethniquement variée et sans cesse préoccupée par son identité nordique.

NO-MAN’S / NOMAD’S LAND: À travers l’histoire, l’Arctique a été vu comme un « no man’s land », la frontière ultime ou tout simplement un espace vide à conquérir et à exploiter pour ses ressources. Heureusement, toutefois, en raison de la reconnaissance croissante des peuples autochtones qui migrent traditionnellement par la toundra et sur la glace, suivant les troupeaux de caribous et d’autres animaux, la région est maintenant perçue comme un « nomad’s land », ou une terre de nomades remplie d’histoire. Ce point est particulièrement remarquable lorsqu’on compare l’Arctique à l’Antarctique où il n’existe pas de population humaine autochtone, mais où se trouvent uniquement des scientifiques et des touristes récemment arrivés qui pratiquent un nomadisme différent.

ESPACE : Notre esthétique de l’Espace se rapproche de celle de l’Arctique : une architecture utilitaire d’avant-poste, un paysage aride et des conditions météorologiques extrêmement difficiles y sont reproduits pour évoquer une existence « extra-terrestre ». L’Arctique est relié au monde plus habité par un réseau de commerce et d’approvisionnement, mais il demeure enveloppé de mystère; il n’est donc pas étonnant que les films fantastiques et de science-fiction situent souvent des bases secrètes aux pôles ou utilisent un décor de glace où une « esthétique de la distance » psychologique et géographique est inhérente. Poursuivant le sentier souvent foulé du cadre arctique, un survol rapide de quelques films à grand succès démontrent notre fascination pour le monde polaire en tant qu’« univers autre » : la Forteresse de la Solitude en cristal de Superman, la base antarctique d’Ozymandias dans Watchmen, la résidence des réplicants extra-terrestres au Yukon Hotel dans Blade Runner, le gantelet de chasse enfoui très loin sous la glace dans Predator vs. Alien, le centre de recherche sur le mal Bolvangar dans Golden Compass, la fin ultime de Frankenstein telle que vue par une expédition au pôle Nord, etc. En revanche, dans le monde de l’art conceptuel, Michael Snow a inventé des séquences lunaires pour illustrer sa vision du nord dans un film intitulé La Région Centrale : « Le film sera une sorte de documentation absolue d’un fragment de désert. Finalement, l’effet du mouvement mécanisé deviendra ce que j’imagine sera le premier tournage rigoureux sur la surface de la lune. »

RADIO : Précipitée par la ruée vers l’or au Klondike, l’armée américaine commence à faire des expériences avec la technologie sans fil en Alaska (et probablement au Yukon, puisqu’on commençait alors à dessiner avec précision des cartes de cette région contestée). S’appropriant en 1902 la défunte Overland Telegraph Line qui remontait au milieu du XIXe siècle, l’armée travaille avec la compagnie de Marconi pour terminer un système avec connexions télégraphiques sans fil entre bases éloignées, créant ainsi l’un des premiers réseaux de communication sans fil et reliant l’Arctique au reste du continent. Ce système allait finalement être développé pour devenir les réseaux troposphériques et ionosphériques de White ALICE et de la DEW Line avant de s’élever sous forme de satellites. Aujourd’hui, HAARP est la station de recherche en radio expérimentale de la prochaine génération, enfouie au cœur de l’Alaska, à quelques heures de la frontière canadienne et entourée d’une aura de mystère. Sur le front civil, CBC/Radio-Canada tient ensemble tout le paysage nordique avec ses émissions nationalistes, reliant les communautés isolées sur ce vaste territoire.

CHAMANISME : Faisant partie de la cosmologie inuite, le chamanisme représente un précurseur intéressant à l’art de la performance en Arctique où paysage, rituel et mythe s’entremêlent. Avec l’avènement du colonialisme et de l’évangélisme, le chamanisme a décliné comme force culturelle unifiante. Il est possible que des pratiques modernes comme le cinéma et d’autres formes artistiques ranimeront ce rôle perdu dans un monde contemporain où se heurtent nouvelles et anciennes cultures.

SOUVERAINETÉ : Depuis la migration initiale des Autochtones arctiques (Premières Nations, Inuvialuits et Inuits) jusqu’au découpage, au XXIe siècle, du fond marin de l’océan Arctique comme s’il s’agissait d’un gâteau, la question de la souveraineté progresse continuellement dans le Nord, partiellement en raison de sa population nomade (peuples aborigènes, entrepreneurs civils et personnel militaire) et partiellement en raison du corpus de connaissances qui se développe sur la région. Exacerbant cette situation, de vastes ressources naturelles inexploitées ont pour contrepoint les coûts importants requis pour patrouiller, défendre et occuper cette région. Par le passé, le Canada a employé différentes tactiques pour renforcer sa souveraineté, par exemple en imposant la relocalisation des Inuits pour assurer son occupation, et il a l’intention, à l’avenir, d’accroître sa présence militaire et d’améliorer sa surveillance par satellite.

GUERRE CHAUDE : La Guerre chaude est le nouveau conflit entourant des enjeux liés à la souveraineté et à la propriété des ressources naturelles dans les régions polaires, et ce dans la foulée du réchauffement planétaire.

Charles Stankievech
Tuktoyaktuk, mer de Beaufort, océan Arctique
Veille du Nouvel An 2010
Traduit de l’anglais par Colette Tougas

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Produit avec l’appui du Frederick and Mary Kay Lowy Art Education Fund.

Un projet de Charles Stankievech

Exposition produite par la Galerie Leonard & Bina Ellen avec l’appui du Conseil des Arts du Canada.

Les ŒUVRES

Liste d'oeuvres

AKUFEN
My Way: “Deck the House”, 2001
Enregistrement audio avec pochette de disque

BLACK CAT SYSTEMS
Russian Number Station, 1993
Enregistrement audio

LANCE BLOMGREN
Operation Northern Shield, 2008
Affiche et essai
Avec l’aimable concours de l’artiste

CENTER FOR LAND USE INTERPRETATION
Trans-Alaskan pipeline, 2008
Épreuve photographique couleur
Avec l’aimable concours de CLUI

Thule warming hut, interior, 2006
Épreuve photographique couleur
Avec l’aimable concours de CLUI

THOMAS EDISON
Films du Klondike, 1867-1901
Films n/b, transfert sur vidéo

R. BUCKMINSTER FULLER / MIT Lincoln Laboratory
Prototype of First Rigid Radome, 1952
Épreuve photographique,
Avec la permission du MIT Lincoln Laboratory, Lexington, Massachusetts

GLENN GOULD
The Idea of North, 1967
Enregistrement de l’émission radiophonique CBC

Esquisse du prologue pour « The Idea of North », 1967 Reproduit avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada, CBC, Lorne Tulk, et la Fondation Glenn Gould

Affiche de l’émission radiophonique « The Idea of North », 1967 Reproduit avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada, CBC, et la Fondation Glenn Gould

LAURENT GRASSO
HAARP, 2007
Projection vidéo HD, couleur, son, 3 min 20 s
Avec l’aimable concours de l’artiste

TIM HECKER
Sonic Palimpsests: “Dawson”, 2008
Enregistrement audio

Haunt Me, Haunt Me, Do it Again: “Boreal Kiss Pt. 1, 2, 3” +
“Night Flight to You Heart Pt. 1, 2”
, 2001
Enregistrement audio avec jaquette de disque compact

ZACHARIAS KUNUK and NORMAN COHN
The Journals of Knud Rasmussen, 2006
Vidéo numérique, couleur, son, 112 min
Distribution : VTape, Toronto

ALVIN LUCIER
Sferics, 1980
Enregistrement audio avec pochette de disque

GERARDUS MERCATOR
Septentrionalium terrarum descriptio / Per Gerardium Mercatorem cum privilegio, 1595 –1602
Carte de l’Arctique avec deux pôles Nord magnétiques
Collection de Bibliothèque et Archives du Canada, Ottawa

PETER METTLER
Picture of Light, 1994
Film 35 mm, couleur, son, 83 min
Distribution : Grimthorpe Film Inc., Toronto

EMILY MIRANDA
Arctic Passion Cake (d’après Joyce Wieland), 2010
Mousse de polystyrène et glaçage,
Avec l’aimable concours de l’artiste

N. E. THING CO.
Territorial Claim – Urination, 1969
Épreuve chromogène, texte dactylographié, étiquettes, lithographie, et papier argenté sur papier
Collection de la Morris & Helen Belkin Art Gallery, University of British Columbia, Vancouver

Lucy Lippard Walking Toward True North, 1969
Épreuve argentique, crayon feutre, papier et papier argenté, lithographie noir et blanc, encre et peinture noir sur panneau
Collection de la Morris & Helen Belkin Art Gallery, University of British Columbia, Vancouver

DAVID NEUFELD
BAR 1- DEW line Archive, 2009 (version en ligne)
CD Rom, 1996
Avec l’aimable concours de l’artiste

R. MURRAY SCHAFER
North /White, 1973
Partition
Avec l’aimable concours de l’artiste

North/White, 1973
Diapositive 35 mm en projection de la performance de R. Murray Schafer
Avec la permission de la University of Simon Fraser Library, Burnaby

KEVIN SCHMIDT
Wild Signals, 2007
Projection vidéo HD, couleur, son, 9 min 42 s
Avec l’aimable concours de l’artiste

MICHAEL SNOW
Drawing for camera activating machine, « La Région Centrale », 1970
Crayon à encre sur papier
Collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

La Région Centrale, 1971
Film 16 mm, 180 min
Distribution : CFMDC, Toronto

2 Radio Solos: “Short Wavelength”, 1980
Enregistrement audio avec jaquette du boitier

The Last LP: “Speech in Klogen performed by Okash, Northern Finland”, 1987
Enregistrement audio avec pochette de disque
(Pochette) Collection particulière, Montréal

CHARLES STANKIEVECH
DEW Project, 2009
Installation avec diffusion radiophonique et projection vidéo
Avec l’aimable concours de l’artiste

TR’ONDËK HWËCH’IN FIRST NATION, LANDS & RESOUCES BRANCH
Traditional Territory Land Claims with Placer Mining Claims (Yukon), 2009
Carte

UNITED STATES AIR FORCE / GENERAL ELECTRIC
Project 572: DEW Line Radar Unit #6 BD 6-3 A
Schéma, réimpression, 2009

UNITED STATES AIR FORCE / NAVY / DARPA
High Frequency Active Auroral Research Project (HAARP) Pulse Signal, 2000
Enregistrement audio

LAWRENCE WEINER
The Arctic Circle Shattered, 1969
Vinyle
Avec l’aimable concours de l’artiste

LAWRENCE WEINER and WILLIAM FURLONG
Concerning 20 Works, 1980
Enregistrement audio

JOYCE WIELAND
Gâteau de passion arctique (esquisse), 1971
Crayon à l’encre sur papier vélin
Collection du Musée des beaux arts du Canada, Ottawa

Véritable amour patriotique / True Patriot Love, 1971
Catalogue de l’exposition solo organisée par le Musée des beaux-arts du Canada (Galerie nationale) en 1971
Collection particulière, Montréal

The Arctic Belongs to Itself, 1972
Lithographie sur papier
Collection particulière, Montréal

OSWALD WIENER et HELMUT SCHOENER
Animal Music: Team of Jeremy Roht, West Dawson, 2001
Enregistrement audio avec jaquette du disque compact

DOUGLAS WILKINSON
How to Build an Igloo, 1949
Film 16 mm, transfert sur vidéo, 10 min 27 sec
Distribution : L’Office national du film du Canada, Montréal

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Explorez

En faisant l’expérience de ces œuvres, vous explorez :

  • les notions d’échelle et d’infini;
  • les expériences physiques et sensorielles auxquelles il est fait référence ou qui sont conduites dans le cadre de cette exposition, et la nature du rapport direct qu’elles ont avec le paysage;
  • la souveraineté et la propriété et les angles sous lesquels ces notions sont abordées dans l’exposition;
  • la cartographie et les limites territoriales, et la manière dont elles sont abordées dans les œuvres de cette exposition. Quelle est leur signification dans le cadre des préoccupations politiques actuelles à propos de l’Arctique?
  • le nomadisme et la place importante qu’occupe cette notion dans Les Nord magnétiques.

 

QUELQUES QUESTIONS

  • De quelles façons les divers artistes représentés dans Les Nord magnétiques traitent-ils de l’espace et du temps ? Relevez-vous des similitudes et des différences dans leurs approches, et si oui, lesquelles?
  • Analysez la manière dont fonctionnent les notions de radio diffusion et de communication dans cette exposition. En quoi sont-elles significatives, et nous racontent-elles quelque chose à propos de l’Arctique et de l’importance qu’elles y ont?
  • Quels sont les rapports tissés ici entre paysage et matériau?
  • Comment sont représentés dans ces œuvres l’éphémère, le temporaire et le dématérialisé?
  • Quel rôle le document joue-t-il dans cette exposition, et quelle importance a-t-il?

 

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