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L’OSCILLATION DU VISIBLE
OLIVIA BOUDREAU
Olivia Boudreau, Femme allongée, 2014, image tirée de la vidéo. Avec le concours de l'artiste et de la Galerie Leonard & Bina Ellen

Depuis 2004, Olivia Boudreau allie vidéo et performance dans des œuvres qui s’accomplissent dans la durée et la répétition. L’exposition suit le parcours de l’artiste depuis ses débuts jusqu’à une vidéo réalisée tout récemment qui, en délaissant le plan-séquence, introduit la narrativité, l’interaction entre les personnes et confère à l’artiste le rôle de metteur en scène. Par la mise en espace et le mode de présentation des œuvres, artiste et commissaire ont voulu ouvrir cette pratique à une suite de questions : Comment existent dans l’espace d’exposition et en présence du visiteur la suite d’actions simples répétées, la projection franche d’une intimité – celle d’une femme surtout ? Quelle notion du visible est canalisée dans l’image vidéo et l’acte performatif ? Comment se transforme la réception du corps féminin lorsqu’il passe de l’autoreprésentation au champ de la narrativité ? Comment le sujet se constitue-t-il dans l’absence de la parole ? Qu’en est-il de l’hyper conscientisation du travail de l’action minimale et de sa médiation ?

EXPLOREZ

  • Le temps et les voies qu’il emprunte pour se déplier, le temps des actions et des gestes, et le temps de l’expérience de l’œuvre.
  • Le corps, particulièrement le corps féminin, et sa représentation dans l’œuvre de l’artiste. Comment le corps change-t-il d’une œuvre à l’autre ? Quelle est la relation physique du spectateur avec cette œuvre ?
  • La performance et sa fonction dans ces œuvres. Quels sortes d’actions performatives sont en jeu ici ? En quoi sont-elles inhabituelles ou en quoi se distinguent-elles dans leur façon d’être représentées ?
  • Les processus de perception mis en œuvre et la relation qui s’établit entre ce qui est regardé et ce qui est perçu. Peut-on identifier ce qui est présenté et ce qui est révélé ?
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  • Les différences que l’on peut établir entre les notions d’observateur, de regardeur, de voyeur et de spectateur. Comment l’œuvre de cette artiste questionne-t-elle ces notions ?
  • Comment cette exposition pousse le spectateur à explorer le récit, le tableau, la suspension du doute et le quatrième mur, entre autres.
  • La notion de cadrage, reliée à la fois aux œuvres particulières et à l’exposition en tant qu’ensemble. Quels sont les divers modes de présentation employés dans cette exposition et comment créent-ils des liens entre les œuvres et entre le spectateur et les œuvres ?
  • L’utilisation du son. Examinez comment le son appartient aux œuvres particulières et observez que, dans certains cas, il peut se relier à l’ensemble de l’exposition. Comment la perception des sons affecte-t-elle la découverte et l’expérience de l’exposition ?
  • Le sujet et l’objet. Comment les notions de sujet et d’objet sont-elles construites par les œuvres présentées ici? Comment la frontière entre le sujet et l’objet est-elle brouillée ? Comment le spectateur est-il amené à participer à l’exploration de cette question, voire à y être incorporé, à certains moments ?
  • La distinction entre l’espace de la galerie et l’espace inhérent à chacune des œuvres présentées. Comment et à quelles conditions cette distinction des espaces éclate-t-elle ?
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POUR DE PLUS AMPLES RENSEIGNEMENTS

oliviaboudreau.com

Entrevue avec Olivia Boudreau (Musée d’art contemporain de Montréal) :
www.youtube.com/watch?v=Ni5Wu-Pgpxk

BOSKOVIC et coll. (2012). Montréal/Brooklyn : vidéozones, Montréal : Galerie de l’UQAM.

GOODDEN, Sky et coll. (2012). Canada’s top 12 Shows of 2012, BLOUIN ARTINFO, [En ligne],
ca.blouinartinfo.com/news/story/851113/blouin-artinfo-canadas-top-12-shows-of-2012. Consulté le 20 janvier 2014.

CHARRON, Marie-Êve (2012). Entre dépouillement et foisonnement, Le Devoir, Samedi 3 et dimanche 4 novembre 2012, p. E11.

BOUCHER, Mélanie (2012). Performative Art Follows Painting’s Footsteps : The Case of Vanessa Beecroft, Esse, n° 76, p. 46-51.

BOCK, Anja (2012). The Work Ahead of Us : The Québec Triennial. Art Papers Magazine, vol. 36, n° 1, p. 44-45.

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TRIENNALE QUÉBÉCOISE (2011). La Triennale québécoise 2011 : le travail qui nous attend, Montréal : Musée d’art contemporain de Montréal.

LAFORTUNE, Marie et Sylvie, VOJIK (2011). Olivia Boudreau et Anne-Lise Seusse, Montréal : Optica.

GLACOMELLI, Fablen (2011). Boudreau en video, Le Progrès, Jeudi 17 février 2011, p. 28.

MCLAUGHLIN, Bryne (2011). Bryne McLaughlin’s Top 3: Against the Grain, Canadian Art, [En ligne],
www.canadianart.ca/features/2011/12/15/bryne_mclaughlin_top_3/#sthash.%20zBu1uz0n.dpuf. Consulté le 20 janvier 2014.

VOJIK, Sylvie et Olivia, BOUDREAU (2011). Entretien, Éditions art3, Valence : France, 2011.

DELGADO, Jérôme (2011). Les archi-féministes s’exposent chez Optica : Le feminism artistique décliné sur quatre décennies, Le Devoir, 12 novembre 2011, [En ligne],
www.ledevoir.com/culture/arts-visuels/335894/les-archi-feministes-s-exposent-chez-optica. Consulté le 20 janvier 2014.

DENAULT, Karine (2010). Une journée dans un box, OVNI Magazine, vol. 1, n° 4, p. 7.

DELGADO, Jérôme (2010). La seduction des images, Le Devoir, samedi 6 et dimanche 7 mars 2010, p. E7.

CHARRON, Marie-Êve (2009). Mimer le vivant, Le Devoir, samedi 24 et 25 janvier 2009, p. E7.

GINGRAS, Nicole (2008). Observations 1 : Olivia Boudreau, Nikki Forrest, Jean-Pierre Gauthier, Van Breest/Smallenburg : Observations 2 : Nikki Forest, Manon Labrecque, Rober Racine, Montréal : SBC galerie d’art contemporain.

SANDALS, Leah (2008). Class of 2008 : At the Threshold of the Art World, Canadian Art, [En ligne],
www.canadianart.ca/features/2008/12/01/class-of-2008/. Consulté le 20 janvier 2014.

BUTLER, Sarah (2008). Performance, Art and Ethnography, Forum : Qualitative Social Research, vol. 9, n° 2, Art.34.

MIGONE, Christof (2008). Start, stop, Montréal : Galerie Leonard & Bina Ellen Art Gallery.

CREVIER, Lyne (2007). Fermière obsédée, Journal ICI, vol. 10, n° 28.

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Commissaire : Michèle Thériault

Cette exposition est réalisée avec l’appui du Conseil des arts du Canada.
Elle s’inscrit dans le Printemps numérique 2014 de Montréal.

Produit avec l’appui du Frederick and Mary Kay Lowy Art Education Fund.

Textes : Pablo Rodriguez
Traduction : André Lamarre

L'artiste

Olivia Boudreau

La pratique de l’artiste Olivia Boudreau combine la vidéo et la performance dans des œuvres qui explorent la perception, la temporalité et le visible en utilisant le plan-séquence, et plus récemment la structure narrative et le montage de plans. Son installation vidéo L’Étuve – une étude à grande échelle de cinq femmes dans un sauna – a retenu l’attention lors de la dernière Triennale du Musée d’art contemporain de Montréal en 2011. Boudreau a participé à plusieurs résidences en Europe et a exposé au Musée d’art contemporain de Montréal, à la Galerie de l’UQAM, Optica, Dazibao, Katherine Mulherin Contemporary Art Projects à Toronto et à Le Fresnoy en France. En 2011, elle était récipiendaire du Prix Pierre-Ayot de la Ville de Montréal.

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LES ŒUVRES

Jupe, 2004

Vidéo, couleur, 9 min 4 s
Présentation inaugurale : Projection nocturne dans la vitrine du Centre de diffusion de la maîtrise en arts visuels de l’UQAM, Montréal, 2004.
Avec le concours de l’artiste.

La vidéo commence par un gros plan sur une jupe écossaise. Ses lignes noires, rouges, grises et blanches emplissent entièrement l’écran. La jupe, relevée très lentement, dévoile la peau pâle de deux cuisses légèrement écartées. Puis la jupe redescend lentement jusqu’à ce que seul le tissu coloré soit visible. Cette action se répète avec différentes variations. L’ouverture de la caméra est réduite, fixe et frontale. Notre œil est situé à peu près à la hauteur d’un trou de serrure. Le personnage se tient debout. Entre les jambes immobiles comme celles d’une statue, on ne peut voir que la blancheur de l’arrière-plan. Parfois le geste est mécanique, sans émotion, parfois il semble séducteur et sensuel. Parfois la jupe est partiellement relevée, parfois on dirait qu’elle va disparaitre au haut de l’écran. Le récit est réduit aux plus simples éléments – une jupe écossaise, deux cuisses, l’espace entre elles, le geste répété de dévoilement et de dissimulation.

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Peinture, 2004

Vidéo, couleur, 22 min 14 s
Présentation inaugurale : Paramètre 2003, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2004.
Avec le concours de l’artiste.

Une femme se tient debout au milieu d’un espace blanc. La chambre est très éclairée, blanche et sans profondeur. La femme porte une t-shirt rouge, des pantalons rouges et des escarpins noirs. Près d’elle, un petit chien aux oreilles pendantes, retenu par une laisse rouge, change parfois de position. La tête et le cou de la femme sont coupés de la vue. Sans avertissement, elle enlève son t-shirt et la laisse tomber au sol à côté d’elle, dévoilant un ventre blanc et un soutien-gorge rouge et a un moment donné le poil de ses aisselles. Elle semble en pleine possession d’elle-même et en même temps mise à nu. Elle traversera un cycle de poses variées : bras pliés par-dessus la tête; bras baissés, debout, de profil; une main à la hanche, le coude vers l’extérieur; les deux mains aux hanches; faisant face, les bras de nouveau relevés; et ainsi de suite. Le chien, l’ignorant totalement, regarde autour, hume l’air, s’assoupit. La femme tient la pose mais ne semble pas vraiment investie dans ses mouvements. Elle ajuste sa position, puis se détend, déplace son poids d’une hanche à l’autre, gratte son pouce avec le bout d’un doigt. Des références culturelles viennent facilement à l’esprit et, avec elles, des scénarios possibles. Avec le temps, le corps commence à se fatiguer. Les escarpins noirs à talon haut s’imposent. Les talons hauts ébranlent le calme de la femme. Ils conduisent le regard vers le haut du corps jusqu’aux épaules où il se heurte au bord supérieur du cadre et glisse en bas de nouveau vers le chien. La chemise rejetée forme une flaque rouge au premier plan. Dans cette scène immobile, le plus petit mouvement peut être significatif.

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Dehors, 2005

Vidéo d’une performance enregistrée en direct, son, couleur. Cassettes Mini DV transférées sur disque dur. Vingt-quatre heures en boucle.
Présentation inaugurale : Itinéraire Bis, Centre Clark, Montréal, 2005.
Avec le concours de l’artiste.

Cette vidéo a enregistré l’entière performance de l’artiste assise dans un fauteuil durant trois périodes de huit heures chacune. L’image captée était retransmise et projetée sur une vitrine donnant sur la rue. Le public ne pouvait voir la caméra vidéo placée devant l’artiste mais il pouvait voir l’artiste de profil, à travers une vitrine. Dans la vidéo le fauteuil rembourré vert est présenté dans une vue frontale, paraissant très usé et modeste. En fait, la femme n’y est pas vraiment assise, mais plutôt écrasée (elle a suspendu son bras droit au-dessus de son dos afin de se faire une sorte d’oreiller derrière la tête). Elle semble au repos mais ses yeux restent ouverts. La pièce est uniformément éclairée et libre de tout autre détail. La femme parait avoir glissé d’une position assise antérieure. Elle porte une longue robe brune sans bretelles. Ses cheveux sont brossés vers le côté, la faisant paraitre à la fois garçonne, féminine et ordinaire. Elle soulève la tête reposant sur son bras et, de son autre bras, elle pousse sa tête vers le haut. Elle dirige son regard dans une nouvelle direction. Un temps. Elle demeure silencieuse et immobile, fermant les yeux dans un rythme naturel. Elle n’attend rien. Elle ne pose pas pour la caméra, non plus. L’abaissement de son regard et l’écrasement de sa pose suggèrent la fatigue, l’abattement, la perte d’énergie, mais sa figure reste très calme et indéchiffrable. Elle porte des sandales à talon haut. Elle est alerte, à l’écoute de son corps, mais pas totalement présente.

Dehors a eu lieu au Centre Clark, dans le cadre d’Itinéraire Bis, en 2005. La performance était composée de l’artiste assise dans un fauteuil durant trois soirées de huit heures sans interruption. Le public ne pouvait voir la caméra vidéo placée devant elle dans son fauteuil, mais il pouvait voir l’artiste de profil, à travers l’entrée vitrée. L’image captée était retransmise et projetée sur une vitrine donnant sur la rue.

La vidéo présentée ici comprend toutes les vingt-quatre heures de la performance présentées en boucle. Elle est un document d’une performance mais ne représente pas comment elle a été vue par le public : soit en direct à travers la vitre de l’entrée du centre d’art, soit par l’image vidéo projetée sur une autre surface vitrée. La vidéo en soi est aussi un élément constituant de la performance ainsi que la trace d’un processus.

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Vaches, 2005

Vidéo, son, couleur, 57 min 3 s
Présentation inaugurale : Olivia Boudreau, Optica, Montréal, 2007.
Avec le concours de l’artiste.

La vidéo s’ouvre sur le son des grillons et la vue de quatre vaches broutant dans un champ. Une lourde corde blanche relie l’artiste à la seule vache blanche du groupe. L’artiste est debout dans le paysage portant des bottes et une robe rose. La corde mesure environ 4,5 mètres. Lorsque la vache bouge, l’artiste est forcée de suivre son mouvement, non sans avoir un peu tenté de garder la corde tendue et de maintenir sa position. Sa volonté transparait dans ses gestes retenus : lorsque la vache reste immobile, elle demeure parallèle à elle, mais tourne son corps entièrement face à la caméra; et, si la corde s’est distendue, elle marche dans la direction opposée afin de rétablir une certaine tension. La vidéo compose en temps réel un rapport (entre animal et humain) et une représentation (de soi, du paysage). L’action a été enregistrée d’une seule prise à partir d’une position fixe et présentée sans montage. Lorsque le groupe s’avance de plus en plus profondément dans le paysage, l’artiste (alors presque invisible) tente de ramener l’animal rétif vers le premier plan. Lorsque le groupe sort de l’image, il ne reste au spectateur qu’à contempler un paysage vide. La bande sonore, continuellement et entièrement diégétique, se compose du son des grillons, d’oiseaux éloignés et du passage occasionnel d’une voiture.

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Douches, 2006

Vidéo, son, couleur, 56 min 42 s
Avec le concours de l’artiste.

Dans un vestiaire, une caméra vidéo est fixée sur un trépied, sa lentille pointée vers le spectateur. Il faut un certain temps pour s’apercevoir que la caméra enregistre son propre reflet dans un miroir puisque les bords de celui-ci s’étendent au-delà du cadre de l’image. On entend le bruit d’une douche, qui s’arrête. Une femme surgit à l’intérieur du cadre, dégoulinante. Sa tête et ses jambes sont coupées par le cadre de l’image et seul un côté de son torse nu est visible. Ayant attrapé une serviette, elle commence à sécher son corps selon l’habituelle suite d’actions. Après avoir terminé, elle retournera sous la douche et recommencera. Entrant dans le cadre et le quittant, elle répètera cette séquence de lavage et de séchage pendant presque une heure. Un cycle qui se renouvelle sans cesse. Lorsqu’elle entre dans le cadre, l’objectif de la caméra s’ajuste automatiquement, mais imparfaitement. Lorsqu’elle se penche pour sécher ses jambes, apparaissent dans le miroir des reflets mobiles de sa silhouette. Sa tête apparait dans un plan, son torse dans un autre, produisant une étrange fragmentation – un étalement de son image. La surface du miroir est la fois obscurcie et révélée par ses mouvements. Lorsqu’elle quitte, la caméra devient de nouveau visible. L’immobilité et le temps permettent d’examiner l’appareil et les tuiles carrées blanches de l’arrière-plan flou. Pendant ce temps, la serviette devient de plus en plus humide et lourde, et la peau rougit légèrement. La femme ne trahit aucune émotion. La scène se développe en une seule prise, mais se constitue de fragments par répétition, rupture, différenciation et superposition.

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Pelages, 2007

Vidéo, couleur, 4 h 58 min
Présentation inaugurale : Pelages. Olivia Boudreau, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2009.
Avec le concours de l’artiste.

Le titre Pelages évoque la fourrure ou les manteaux de fourrure. Dans cette vidéo, une femme portant un slip blanc et un manteau de fourrure à la mi-hanche de couleur cendre tente de rester indéfiniment en position sur ses mains et ses genoux. Elle est présentée de profil et éclairée devant un arrière-plan d’un noir profond. Son corps semble suspendu dans l’espace. La vidéo est silencieuse. La fourrure du manteau remue sans cesse, car une brise légère, invisible, souffle sur elle. Les efforts de la femme afin de rester en position deviennent de plus en plus perceptibles. Elle adopte de brèves poses de repos : elle laisse pendre sa tête, tombant vers ses coudes; elle s’assied sur ses chevilles et appuie sa tête sur le sol. Plus elle se fatigue, plus ses poses paraissent languissantes. Parfois ses cheveux dissimulent sa figure. Bien qu’une position à quatre pattes sur les mains et les genoux est souvent perçue comme l’équivalent d’une soumission, la femme parait calme et déterminée. De temps à autre, elle se gratte la figure, écarte ses orteils (actions qui paraissent spontanées) – tout ce qui peut lui permettra de maintenir la position. Parfois, lorsqu’elle est immobile, le froissement de la fourrure reste le seul signe qu’il s’agit d’une image en mouvement.

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Mouchoirs, 2007

Vidéo, couleur, 46 min 53 s
Présentation inaugurale : Dans l’intervalle, Galerie B-312, Montréal, 2010.
Avec le concours de l’artiste.

La première image qui s’offre à la vue est celle de minces bandes blanches striant horizontalement l’écran. Le titre en identifie la matière : des feuilles de papiers mouchoirs doux, disposées dans une pile ordonnée et alignée au bord d’une surface de bois usée. Une main apparait du haut de l’écran et enlève délicatement le mouchoir du dessus à intervalles réguliers. Chaque feuille est insérée dans celle du dessous. La pile de mouchoirs crée un mur devant l’œil, suscitant le désir de voir au-delà. Au fur et à mesure que la pile se réduit, se révèle un arrière-plan lisse et flou. L’esprit se charge d’un flot de possibilités narratives et de connotations culturelles. Cependant, la pile diminue. L’action reste littérale. Il n’y a pas de bande sonore. L’enregistrement s’arrête après l’enlèvement de la dernière feuille, alors que le spectateur a le temps de voir la surface libre de la table et le motif du mur derrière.

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Salle C, 2007

Vidéo d’une performance enregistrée en direct, son, couleur. Cassettes Mini DV transférées sur disque dur. Une heure sur cent cinquante heures présentée en boucle chaque jour. Meuble de rangement pour 150 cassettes Mini DV, bois, verre.
Présentation inaugurale : Start commissariée par Christof Migone, Galerie Leonard-et-Bina-Ellen, Montréal, 2007.
Collection de la Galerie Leonard-et-Bina-Ellen, Université Concordia. Don de l’artiste, 2013.

Cet extrait est tiré de la vidéo de l’artiste qui s’est enregistrée, assise sur un banc, durant les heures d’ouverture de la galerie sur une période de cinq semaines. L’image était projetée sur un écran suspendu devant l’artiste et placé à l’entrée de la salle. Dès leurs premiers pas dans la pièce, les visiteurs faisaient face à l’écran suspendu où était projetée un gros plan du bas du dos de l’artiste et de son derrière. Portant toujours le même jean et le même chandail, on ne retenait d’elle que sa présence continue et son silence total, maintenus pendant 150 heures. Appuyé au mur, un casier long et étroit contenait les cent cinquante bandes numériques correspondant à chacune des heures de la performance. À la fin de chaque heure, l’artiste se levait, changeait la bande et plaçait la bande enregistrée dans le casier, qui fonctionnait comme une ligne du temps. Dans cette atmosphère d’observation et de réflexion prolongées, un répertoire de gestes minimes – jambes croisées, un bras au repos sur la cuisse opposée, tête penchée sur le côté – conduisait le visiteur à percevoir l’inversion dans l’image projetée. Les visiteurs se tenaient dans l’espace, marchaient entre la caméra et l’artiste, s’asseyaient à côté d’elle, la touchaient et tentaient d’entrer en communication avec elle alors qu’elle demeurait impassible à toute interruption.

Cette vidéo est en lien avec la performance Salle C réalisée dans le cadre de l’exposition Start commissariée par Christof Migone et présentée à la Galerie Ellen en 2007 (dans ce qui est aujourd’hui la salle E). L’artiste s’est enregistrée, assise sur un banc, durant les heures d’ouverture de la galerie sur une période de cinq semaines. L’image projetée sur un écran suspendu devant l’artiste était placée à l’entrée de la salle. La caméra placée au niveau du bas du dos de l’artiste ne retransmettait que cette partie là de son corps. L’artiste accessible au visiteur dès qu’il ou elle contournait l’écran, n’interagissait pas avec lui ou elle. Au bout de chaque heure, elle se levait pour placer la cassette enregistrée dans un casier de rangement appuyé au mur et pour installer une cassette vierge dans la caméra.

Durant chaque jour de cette exposition, la vidéo présente en boucle une heure des cent cinquante heures enregistrées. Elle est un document tronqué d’une performance ainsi qu’un élément constituant. Par ailleurs, elle révèle à celui ou celle qui la regardera et l’écoutera certaines interventions humaines auprès de l’artiste, des mouvements dans l’espace ainsi que des commentaires du public et des bruits et ce faisant, nous initie au champ de réception de l’œuvre.

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Your Piece, 2007

Vidéo, couleur, 15 min 56 s
Présentation inaugurale : Observations commissariée par Nicole Gingras, SBC Gallery, Montréal, 2008.
Avec le concours de l’artiste.

Your Piece est le portrait d’une femme plongée dans un intense dialogue émotif, mais apparemment solitaire. Elle est montrée de profil et en contreplongée, son dos légèrement tourné vers la caméra. Le cadrage est si serré qu’il rend impossible d‘apercevoir s’il y a quelqu’un d’autre dans la pièce. La vidéo est silencieuse : il est donc impossible de percevoir ce qu’elle dit, et à qui. Elle est absorbée dans la situation, quelle qu’elle soit. Elle regarde devant, elle regarde vers le bas, elle regarde au loin. Ses traits se tordent et se modifient selon les vagues d’émotions. Son nez est rouge, elle respire par la bouche, elle avale. De temps en temps, elle porte sa main à sa figure afin d’essuyer ses larmes. Elle parle par à-coups, de manière réfléchie et délibérée. Une lumière blanche et crue tombe sur son dos et accentue la spontanéité de la situation. Ses yeux et son front étant absents de l’image la plupart du temps, elle frôle la limite de l’anonymat. La caméra enregistre sans arrêt et ce processus transforme le spectateur en interlocuteur substitut et en une sorte de témoin.

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La Levée, 2008

Vidéo, son, couleur, 53 min 3 s
Présentation inaugurale : Olivia Boudreau, Dazibao, Montréal, 2010.
Avec le concours de l’artiste.

La Levée alterne des phases de lumière et des phases d’obscurité. Lorsque l’écran est noir, seul le son occasionnel d’un craquement du plancher est audible. Le déclenchement d’un commutateur produit une chaude lumière d’intérieur, dévoilant un mur avec une moulure basse et une femme debout, vue de trois-quarts. Seules ses longues jambes nues apparaissent dans le cadre, visibles du haut des cuisses jusqu’aux chevilles. Après être restée un instant immobile, elle descend doucement son slip jusqu’à ses genoux, et le laisse tomber au sol autour de ses chevilles. Elle se tient ainsi, immobile et exposée dans la semi-obscurité. Alors, la lumière s’éteint de nouveau. Quelques minutes après, lorsque la lumière s’allume, l’action se répète. La caméra continue d’enregistrer dans la noirceur mis à part les sons mentionnés précédemment, le silence presque complet. La vidéo entretient l’attente chez le spectateur. Puisque la femme maintient ses paumes sur sa peau et ses doigts maitrisés et allongés pour enlever son sous-vêtement, son geste dégage de la sensualité. Quand la lumière s’allume, une douce lueur orangée atteint ses jambes nues en contreplongée. La jambe droite jette une ombre sur la jambe gauche, dissimulant l’espace qui existe entre les deux.

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Box, 2009

Vidéo, son, couleur, 22 heures
Présentation inaugurale : Olivia Boudreau, Dazibao, Montréal, 2010.
Collection de la Galerie Leonard-et-Bina-Ellen, Université Concordia. Achat, 2011.

Box est l’enregistrement sonore et vidéo continu de la présence d’un cheval dans sa stalle. La caméra est fixe et la scène est éclairée par la lumière naturelle, donc obscurcie pendant la nuit. L’image, cadrée verticalement, est une nature morte de la porte de la stalle et, du même coup, un portrait imperturbable de la vie située derrière elle. Le cadre de la barrière délimite exactement le cadre de l’image. La barrière est faite de lattes verticales soutenues par des planches de bois plus fortes. Une ligne de tiges de métal complète la partie supérieure de la porte. L’une d’entre elles est pliée, ce qui crée un espace assez large pour laisser passer le museau du cheval. Des harnais de cuir pendent de la barrière, donnant l’impression d’un heurtoir surdimensionné. Dans la stalle, le cheval se déplace constamment, bien que ses pattes restent invisibles. Le cheval est très grand et son pelage est noir et luisant. Il hennit, hume l’air et s’intéresse au monde extérieur en regardant par une petite fenêtre située à l’extrémité opposée de la stalle, où passe la lumière du jour. La caméra saisit la réaction du cheval lorsqu’un homme traverse l’écran et quitte l’étable avec un autre cheval. D’une longueur de 22 heures, la vidéo continue à la nuit tombée jusque dans une noirceur quasi totale. Il est presque impossible de regarder l’œuvre sans arrêt : le spectateur y vient, observe, puis s’éloigne. Il y a des changements dans la qualité et l’intensité de la lumière, accompagnés par des bruits ambiants de toutes sortes.

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Les Petits, 2010

Vidéo, couleur, 13 min
Présentation inaugurale : Olivia Boudreau, Néon, diffuseur d’art contemporain, Lyon, 2011.
Avec le concours de l’artiste.

À partir de l’intérieur obscur d’une chambre, la vue se dirige vers une porte de bois légèrement entrouverte. Une mince bande horizontale jaune – l’espace entre la porte et le cadre de porte – divise l’image. La fente imite le champ de vision de la caméra. À travers elle, de brefs aperçus de deux enfants jouant et bavardant sont enregistrés. Ils apparaissent et disparaissent. Ce qui reste constamment visible est une bande de mur jaune et l’espace vide à travers lequel les enfants communiquent. Pendant un certain temps, on voit un des enfants se balancer devant et derrière à travers la fente et, lorsqu’il fait cela, ses mouvements rappellent vaguement le pas d’un animal. L’autre enfant apparait moins souvent. Chacun à son tour, ils s’adressent l’un à l’autre et espionnent à travers la fente, tout comme le spectateur. Ils paraissent regarder dans la chambre plutôt que vers la caméra. À certains moments, en jouant, les enfants se trouvent à pousser légèrement la porte. Quelque chose attire ici leur attention sans la retenir. La hauteur de la caméra fait en sorte qu’ils ne semblent pas seulement regarder entre la porte et le cadre de porte, mais aussi au-dessus de la limite inférieure du cadre de l’image, dans l’espace occupé par le spectateur.

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Lying Bodies, Standing Bodies, 2014

Performance avec deux performeurs.
Présentée durant les heures d’ouverture de la Galerie.
Performance créée grâce au Programme de soutien à la production artistique Leonard-et-Bina-Ellen. Participants : Janick Burn, Christian Bujold, André-Marie Coudou, Jérémie Francoeur, Karine Gonthier Hyndman, Nadège Grebmeier Forget, Carol Jones, Christophe Payeur, Jade-Măriuka Robitaille, Anne Sabourin, Martin Vaillancourt.
Avec le concours de l’artiste.

Le projet met en scène deux interprètes : l’un debout observant l’autre allongé au sol. Lorsque l’interprète debout est fatigué, il s’allonge à son tour, signalant ainsi à l’autre interprète qui est allongé de se lever. La performance consiste en l’alternance des positions entre un corps debout observant un corps allongé. La durée de l’intervalle est déterminée par le désir du premier de s’allonger; par la fatigue de son corps. De quelques minutes à une heure, on ne peut prédire la durée de l’intervalle. Au moment où il s’allonge enfin, quelques secondes s’écoulent avant que l’autre ne se lève à son tour. Ainsi, pendant un bref instant, les deux corps sont allongés au sol, côte à côte et c’est le visiteur seul qui est debout devant eux.

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Femme allongée, 2014

Projection vidéo, son, couleur, 12 min 41 s
Direction photo : Barry Russell
Montage et mixage sonore : Luc Bouchard
Interprètes : Michelle Léger, Catherine Karas, Denis Lamonde, Mathieu Lepage, Marie-Claude Buteau, Véronique Raymond, Carol Jones Avec le soutien de : Conseil des arts et des lettres du Québec, Centre PRIM, Micro_Scope, Fonderie Darling / Quartier Éphemère
Avec le concours de l’artiste.

Dans cette vidéo, une femme aux cheveux gris, étendue sur une table et recouverte d’un drap blanc, fait l’objet d’une suite d’actions. Une composition de prises de vue fixes et de panoramiques la représente d’abord seule, immobile, auréolée de lumière. Puis une jeune femme, émergeant de la noirceur environnante, s’avance vers elle, s’arrête, se retourne, fixe la caméra puis ferme les yeux. La femme étendue ouvre les siens et on perçoit sa respiration. Un jeune homme et un homme d’âge mur apparaissent ensuite à ses côtés et la regardent. Puis ils se penchent dans un geste de sollicitude, le plus jeune reposant sa tête sur le dos de l’autre. Une photographe (il s’agit de l’artiste elle-même) surgit et les interrompt en les prenant en photographie à l’aide d’un Polaroid. Les hommes soulèvent ensuite le drap, examinent la femme et échangent des regards alors que la femme se détourne, montrant de l’inquiétude. À ce moment, on entend le déclenchement du flash de l’appareil photo signalant qu’une autre photographie est prise. S’enchaine alors une séquence dans laquelle deux infirmières en uniforme s’affairent à laver avec soin le corps de la femme à l’aide d’éponges. Après leur départ, une femme d’âge mur s’approche d’elle et dirige une main vers sa figure. Elles échangent des regards de bienveillance et de reconnaissance mutuelle. La femme étendue tire alors le drap sur son visage dans un geste connotant la mort. La caméra enchaîne par un gros plan montrant le drap qui se soulève et s’abaisse suivant le rythme de la respiration de la femme.

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