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REPRISE

29 mai

Felicity Tayler répond à la conférence « Les hippies québécois : tendances locales d’un phénomène global » de Jean-Philippe Warren, un des événements publics tenus dans le cadre de l’exposition Trafic. L’art conceptuel au Canada 1965-1980. Le 8 février 2012.
 

Ces jours-ci, ma mémoire me joue des tours.

Lorsque tu m’as invitée à rédiger cette réponse à la conférence de Warren, j’ai entendu tes propres souvenirs de moi vacillant dans ton esprit, alors que tu te demandais : « Je ne suis pas certaine que tu étais là ou bien je ne m’en souviens pas, mais tu as participé au livre, tu as vu l’exposition et tu as sans aucun doute entendu parler de sa conférence. »

Étais-je présente à cette conférence ? Où étais-je ?

Dans cette vidéo, un sociologue nous démontre que le mode de vie contreculturel se développe parallèlement aux nécessités de l’action directe de protestation. Jean-Philippe Warren jette un regard rétrospectif sur les années 1960 et 1970 vécues comme une période exaltante alors que le Québec se réinventait comme culture, comme nation, dans son imaginaire social et sa réalité économique. Il met en relief les tensions existant entre, d’une part, les espoirs grandissants d’une génération née avec les médias et la musique et, d’autre part, les forces réactionnaires qui se sont employées à ralentir ou à renverser un rythme accéléré de changements sociaux et économiques.

Dans le cadre de la caméra vidéo, Warren se tient assis devant la documentation de 12+1=, une performance de Raymond Gervais (1976). Cette œuvre de Gervais est une installation sonore, comprenant treize platines faisant jouer des disques en simultané. Elle est maintenant exposée sous la forme d’une image fixe. Est-ce que cette conférence faisait partie de la rétrospective de 2011 Raymond Gervais 3 x 1? Non. Warren ainsi que la photographie appartiennent à l’exposition de 2012 Trafic. L’art conceptuel au Canada 1965-1980. L’œuvre représentant les platines apparaissait dans les deux expositions. Ai-je été aussi présente dans les deux lieux?

Si j’étais là en 2012, écoutant Warren, mon écoute aurait été branchée à ses paroles dans l’anticipation du Printemps érable — une saison de plusieurs vagues de grèves et d’actions de protestation rejetant et réimaginant l’économie néolibérale. Des centaines de milliers de personnes se sont déversées dans les rues peu après cette conférence. J’aurais engagé un dialogue avec Warren de façon analogue aux fouilles d’archives de Fanny Latreille (je pense à son exposition Pavillons de la jeunesse à la galerie Skol en 2019[1]), à la recherche d’une histoire locale, une sorte de généalogie délibérée, dans le but d’entreprendre une réinvention collective et intergénérationelle du monde de façon équitable.

Aujourd’hui, je constate que je regarde cette conférence sous la perspective de la vidéoconférence en ligne. Attentive aux moments où Warren échappe le micro (16:40) ou lorsqu’il fait jouer une vidéo à l’écran derrière lui et qu’il s’excuse de la mauvaise qualité du son (19:00). Avertissement de divulgation : la conférence se termine par la remarque de Warren disant que les rêves de la génération de 1970 se sont dissipés à travers une réintégration dans les structures familiales hétéronormatives et le dur constat que les emplois précaires n’étaient pas durables. Aujourd’hui, je désire donner une fin différente à cette conférence — à la manière de Ragnar Kjartansson dans « The Visitors [2] » — : nous tous et toutes qui regardons cette vidéo dans des pièces isolées, nous quittons l’ambiguïté de nos divers états de domesticité, nous sortons ensemble pour chanter le dernier couplet d’une chanson dont nous connaissons toutes et tous les paroles, marchant ensemble dans la vaste promesse de l’herbe printanière… On commence à se parler d’un poème, On commence à parler doucement[3]

 

Traduction André Lamarre

 

[1]Fanny Latreille, Pavillons de la jeunesse. Montréal, Centre des arts actuels Skol. 5 septembre – 19 octobre 2019. http://skol.ca/en/programming/fanny-latreille-youth-pavilions/

[2]Ragnar Kjartansson, The Visitors, une installation vidéo multicanaux filmée à la Rokeby Farm, dans l’État de New York, en 2012.https://www.youtube.com/watch?v=qOxG711lb0E

[3]« Le début d’un temps nouveau ». Interprète : Renée Claude. Paroles et musique : Stéphane Venne, 1970.https://www.youtube.com/watch?v=yKy3C172ztg

 

Bio

Felicity Tayler occupe le poste de bibliothécaire spécialisée en cyberrecherche à la bibliothèque de l’Université d’Ottawa et détient un doctorat en Interdisciplinary Humanities de l’Université Concordia. Son commissariat d’exposition porte sur la valeur symbolique des mouvements contreculturels au Québec. Ses textes sont parus dans des anthologies, ainsi que dans Mémoires du Livre/Studies in Book CultureCanadian Literature et Journal of Canadian Art History.

 

COLLABORATEUR.TRICE.S ET ÉVÉNEMENTS

Reprise est une parution bimensuelle qui réactive les archives des programmes publics de la Galerie Leonard & Bina Ellen à travers une série de réponses à des événements choisis de la dernière décennie (2010-2019). Chaque volet convie une personne liée de près à l’événement – directement impliquée dans sa réalisation, témoin de celui-ci ou encore en dialogue avec lui à l’époque – à réfléchir aux enjeux que représente l’acte de revoir et renouveler aujourd’hui les idées, les positions et les discussions qui y étaient mises de l’avant. 

Diffusée de mai à août, Reprise favorise le dialogue entre le passé et le présent en tissant des liens entre la documentation audio et vidéo d’une conférence, d’une performance ou d’une conversation, et l’écriture critique ainsi que l’analyse rétrospective.

15 mai

Nika Khanjani répond à la conférence The House that Herman Built de Jackie Sumell – 10 février 2010

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« Le rire est la liberté. »

— Herman Wallace, cité par Jackie Sumell

Ce projet répond à une demande d’attention en exigeant de nous un effort d’imagination radicale. « The House That Herman Built » résultait d’une collaboration entre l’artiste Jackie Sumell et Herman Wallace, un membre des Black Panthers en réclusion cellulaire depuis 34 ans dans le pénitencier d’Angola en Louisiane. À travers des années de correspondance et de nombreuses visites, ils ont travaillé à répondre à cette simple question, étonnamment intime : quelle sorte de maison un homme qui a vécu pendant plus de trente ans dans une cellule de six pieds par neuf pourrait-il concevoir ? Il y a une telle précision dans cette question et ce projet qu’elle attire notre attention distraite, nous mobilise et, à partir de là, entame le véritable sujet de l’échange : l’abolition de la prison.

Pour beaucoup, beaucoup de gens, l’abolitionnisme signifie une demande difficile. En effet, elle implique que nous changions notre relation collective à la justice et que nous acceptions de faire face à un immense trauma. Comment pouvons-nous, artistes et activistes, susciter ces changements profonds alors que nous sommes toutes et tous bombardé.es par tant de tragédies ? Sumell est une résidente de la Nouvelle-Orléans. Alors, lorsqu’elle appelle cette agression « le Fleuve de la Tristesse », elle parle d’expérience de l’appartenance à une collectivité submergée. Une personne ne peut prendre sur soi une telle douleur sans devenir insensible.  L’artiste comprend le défi émotif qui consiste à s’attacher à de grands rêves.

Sumell se décrit elle-même comme une « interruptrice ». Elle désire lutter contre tout ce qui nous désensibilise. Dans leur ensemble, les nombreux aspects de ce projet avec Wallace — des expositions internationales, des présentations, des livres, un documentaire couronné par un Emmy Award — concourent à perturbernotre vision des choses juste le temps qu’il faut pour reprendre nos esprits. Le temps qu’il faut pour que nous nous rendions compte avec clarté que ce que nous avons pris pour acquis — la mise en cage des humains — est inadmissible.

Existe-t-il pour un ou une artiste un objectif plus important que celui de nous ramener à la raison ? Là où Sumell identifie une source d’aliénation, elle propose la création de liens; à l’individualisme elle procure un soin collectif; pour la méfiance envers nos voisins, elle offre des fêtes de quartier, des parades de rue de « deuxième ligne », le rire et la célébration de la victoire des Saints de la Nouvelle-Orléans lors de leur premier Super Bowl. Who Dat!

Et au lieu de l’acier, du béton et des barbelés, elle et Wallace nous ont donné du bouleau, du verre et des rhododendrons.

Au cours des dix dernières années, le Fleuve n’a fait que s’accélérer. Or, il en est de même pour le débat public à propos de l’abolition des prisons. Et alors ? Dix ans plus tard, cette présentation d’artiste me rappelle que nous disposons d’un héritage remarquable où nous pouvons puiser une inspiration, des stratégies et des chants pour nous soutenir dans notre action. Je garde en mémoire comment Sumell, à travers sa collaboration avec les Angola 3, a su garder le tout en perspective. Elle le fait encore — il n’est pas étonnant que sa pratique actuelle inclue les jardins, les plantes et des ressources d’apothicaire.

Si les Angola 3— Robert King, Herman Wallace et Albert Woodfox — ont pu traverser les épreuves les plus extrêmes en gardant le moral, à notre tour, avec une bienveillance déterminée et un rire gagné de haute lutte, nous pouvons assurément atteindre notre propre résilience. Nous n’avons aucune excuse. Sumell et Wallace ont attiré notre attention sur un océan d’imagination collective.

 

Traduction André Lamarre

 

Bio

Nika Khanjani est une conteuse multidisciplinaire. Elle puise dans son expérience vécue en tant qu’immigrante issue d’une communauté ouvrière diversifiée pour raconter des histoires de résilience et montrer comment nous nous guérissons de l’adversité. Elle associe souvent la photographie de paysage, une subtile conception sonore et le travail du portrait pour évoquer les réactions intimes face aux pressions politiques et historiques. Son travail a été présenté internationalement. Nika occupe le Territoire non cédé de Kanien’kehá:ka.

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29 mai

Felicity Tayler répond à la conférence « Les hippies québécois : tendances locales d’un phénomène global » de Jean-Philippe Warren – 8 février 2012.

12 juin

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26 juin

Réponse à la conférence Re: Henri Rousseau, le tourne-disque et la recréation du monde de Raymond Gervais – 19 novembre 2011

10 juillet

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24 juillet

Jenny Lin répond à la performance Wendy’s Revenge de Tricia Livingston et Walter Scott – 29 janvier 2016

7 aout

Nazik Dakkach répond à مُمْتلَكاتMumtalakat, Soirée de lectures avec Emma Haraké, Hoda Adra, Farah Atoui, Rabih Chami, Muzna Dureid, Johnny El-Hage et Ranya Essmat Saad – 7 aout 2019

21 aout

Charissa von Harringa répond au concert Les animaux dans l’homme et l’homme en dehors des animaux de Ánde Somby – 16 septembre 2018

Reprise est une parution bimensuelle qui réactive les archives des programmes publics de la Galerie Leonard & Bina Ellen à travers une série de réponses à des événements choisis de la dernière décennie (2010-2019). Chaque volet convie une personne liée de près à l’événement – directement impliquée dans sa réalisation, témoin de celui-ci ou encore en dialogue avec lui à l’époque – à réfléchir aux enjeux que représente l’acte de revoir et renouveler aujourd’hui les idées, les positions et les discussions qui y étaient mises de l’avant. 

Diffusée de mai à août, Reprise favorise le dialogue entre le passé et le présent en tissant des liens entre la documentation audio et vidéo d’une conférence, d’une performance ou d’une conversation, et l’écriture critique ainsi que l’analyse rétrospective.