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Inauguré en 2012 à l’occasion du 50e anniversaire de la collection permanente de la Galerie Leonard & Bina Ellen, le programme d’expositions satellites SIGHTINGS a été conçu comme une plateforme d’expérimentation et de réflexion critique afin de questionner les possibilités et les limites de l’espace du « cube blanc » moderniste.

En 2015, la Galerie a mis en place une nouvelle programmation thématique annuelle pour SIGHTINGS. Après un premier cycle de projets axés sur la question du travail, l’édition 2016-2017 traite de la pédagogie, considérée comme une interface critique entre l’institution universitaire, les lieux artistiques et l’espace social. Dans cette optique, des artistes et des commissaires sont invités à utiliser le dispositif spatial et conceptuel du cube SIGHTINGS afin d’interroger la construction des savoirs à l’intérieur et à l’extérieur de la « boite » académique.

SIGHTINGS est situé au rez-de-chaussée du Pavillon Hall au 1455 boul. De Maisonneuve Ouest.

SIGHTINGS 18
Ceci est un ▢ à compléter chez soi
Didier Morelli, Ceci est un ▢ à compléter chez soi, 2016. Vue d'installation. Photo : Hugues Degas. Avec l’aimable concours de l’artiste
Didier Morelli, Ceci est un ▢ à compléter chez soi, 2016. Vue d'installation. Photo : Hugues Degas. Avec l’aimable concours de l’artiste
Didier Morelli, Ceci est un ▢ à compléter chez soi, 2016. Vue d'installation. Photo : Hugues Degas. Avec l’aimable concours de l’artiste
Didier Morelli, Ceci est un ▢ à compléter chez soi, 2016. Vue d'installation. Photo : Hugues Degas. Avec l’aimable concours de l’artiste
Didier Morelli, Ceci est un ▢ à compléter chez soi : This is a ▢ to be completed at home, 2016. Photo : Arièle Dionne-Krosnick. Avec l’aimable concours de l’artiste

12 septembre au 12 novembre 2016

Un projet de Maude Johnson et Didier Morelli

Un espace de consultation satellite, aménagé au 5e étage de la bibliothèque Webster (passage vitré, côté sud), met à la disposition des visiteurs un exemplaire du livre Teaching and Learning as Performing Arts (1970) et présente la vidéo Teaching and Learning as Performing Arts Part II: Travelin’ Light – It’s a Dance, Really (1979), avec l’aimable permission de Western Front (Vancouver).

Les deux collaborateurs se sont servis de la plateforme de stockage Google Drive afin d’alimenter et de partager leurs recherches en temps réel. Il est possible d’accéder au dossier ici.

Contribution à l’Institut de Création (im)Permanente

Mardi 13 septembre 2016, 17 h à 20 h

Lors de cet événement, le public est invité à faire don d’un objet jaune de son choix, lequel sera utilisé par l’artiste au cours de sa performance et intégré à l’installation subséquente. Le jaune renvoie à la couleur de la couverture du livre Teaching and Learning as Performing Arts (1970), sur lequel se fonde le projet de Morelli. Évoquant la méthodologie de Filliou, ce processus collaboratif vise à constituer une collection éphémère d’objets hétéroclites qui serviront de points d’entrée dans diverses situations d’apprentissage.

Promenade

Mercredi 21 septembre 2016, 16 h 30

La commissaire du projet, Maude Johnson, anime un parcours reliant le cube SIGHTINGS aux différents sites satellites de l’université à partir desquels Morelli et elle ont développé leur recherche autour de l’œuvre de Filliou.

Les Promenades sont des parcours qui relient la Galerie Leonard & Bina Ellen, située dans le pavillon J.W. McConnell, et le cube d’exposition SIGHTINGS du pavillon Hall. De forme ouverte et de durée variable, cette activité est l’occasion pour le public de rencontrer les participants à SIGHTINGS, d’échanger avec eux au sujet du projet présenté et de réfléchir in situ aux différents enjeux qu’il soulève.

Chaque Promenade débute à l’un des deux lieux et suit un itinéraire changeant selon le projet et les intervenants.

Les modalités de la pédagogie et de la transmission du savoir soulèvent des enjeux qui définissent et élaborent les politiques du travail au sein des systèmes d’apprentissage. Réévaluées de manière cyclique, ces modalités témoignent notamment des contextes politique, économique et social en fonction desquelles elles fluctuent. Elles sont indicatives des paradigmes du moment, mais également des alternatives qui visent à déconstruire certains modèles dominants. Nombreuses sont les pratiques artistiques, tant historiques qu’actuelles, qui investissent cette problématique de la transmission, donnant lieu à différentes genèses de travail.

L’exposition Ceci est un ▢ à compléter chez soi : This is a ▢ to be completed at home propose une recherche performative menée par Didier Morelli à partir de l’œuvre Teaching and Learning as Performing Arts de Robert Filliou, artiste du mouvement Fluxus et économiste français. Cette œuvre se déployant sous plusieurs formes et variantes, Morelli prend plus spécifiquement pour points de départ la publication originale éponyme de 1970 et un enregistrement vidéo de 1979, réalisé dans le cadre d’une performance au centre d’artistes Western Front, à Vancouver. À l’automne 1980, la vidéo est présentée à Véhicule Art Inc., à Montréal. Puis, à la suite de la dissolution du centre d’artistes montréalais en 1983, le fonds d’archives est acquis par l’Université Concordia la même année. Plus récemment, l’établissement universitaire s’est approprié l’histoire du centre d’artistes afin de l’inclure dans son matériel promotionnel, avec l’installation de panneaux soulignant le lien entre la fondation de Véhicule Art et l’Université Concordia aux abords du pavillon EV sur la rue Guy. Basée sur l’idée d’une pédagogie alternative à travers l’acte performatif, l’œuvre de Filliou effectue ainsi un retour à l’institution.

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Sondant le contexte spécifique dans lequel elle s’inscrit, l’exposition vise à réfléchir en praxis à l’économie de l’apprentissage, à l’implication historique des différentes potentialités de la stratégie performative mise de l’avant dans Teaching and Learning as Performing Arts et à leur articulation (voire à leur influence) au sein de situations contemporaines. En revisitant ce corpus, la porosité des frontières du travail artistique et la structure malléable de ces « activités immatérielles » sont mises en vue.

Le dialogue qui s’élabore entre les pratiques de Morelli et Filliou met en jeu un écart générationnel et une divergence contextuelle, en plus d’un rapport à la filiation. Recevant de l’information en continu de la part de la commissaire, qui poursuit la recherche dans d’autres espaces de l’université, Morelli opère d’abord une sélection, puis une traduction – traduction de l’écrit vers le corporel, du corporel vers le matériel. Située, la recherche vit indépendamment du résultat : son existence est rendue visible par la physicalité de la manipulation.

Examinant une œuvre qui mobilise une certaine condition utopique évocatrice d’un moment historique particulier, ce projet entend saisir l’essentiel de l’enjeu contemporain qu’est la pédagogie par la performance. À travers l’immédiateté du processus de recherche en devenir et l’accumulation qui lui est vitale – tantôt incohérente et désordonnée, arbitraire et partiale –, la performance durative de Morelli produit du savoir en générant et transmettant de l’information. Envisagées dans leur durée, l’action et l’inaction communiquent et traduisent ; elles constituent un exercice de transfert.

L’institutionnalisation du projet de Filliou est à la fois exposée et performée dans le cube SIGHTINGS, lequel devient un espace aux multiples rôles : lieu satellite de recherche, de production/représentation, et de diffusion en art actuel. Dans un contexte interdisciplinaire où les savoirs transmis sont de plus en plus spécialisés, cette investigation critique cherche à approfondir les politiques qui animent les stratégies pédagogiques employées lors de situations d’apprentissage liées aux arts performatifs et qui définissent les « corps transmetteurs » à l’aune des identités professionnelles alambiquées. Ainsi approché comme un « working studio », le dispositif d’exposition décortique une œuvre complexe et incarne son héritage ; la vitrine est performative en soi. Les mécanismes du travail artistique sont révélés, et par le fait même, amplifiés.

Maude Johnson

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Didier Morelli (1989) demeure à Chicago et est candidat au doctorat en Performance Studies à la Northwestern University. Artiste multidisciplinaire détenant un baccalauréat de l’Université Concordia (Western Society and Culture), une maîtrise de la University of Toronto (Theatre and Performance Studies), et une seconde maîtrise de la Simon Fraser University (Contemporary Arts), Morelli parfait un parcours académique rigoureux. Ses projets récents incluent Erase Everything: Geoff Hendricks (1964) (Block Museum of Art, Northwestern University, 2016) et The City In Between (Defibrillator Performance Art Gallery, Chicago, 2015), et il a participé à l’édition 2016 de l’Encuentro (Hemispheric Institute, Chili, 2016). Intégrant à la fois la performance et la recherche académique, sa pratique se constitue essentiellement par l’acte. Elle inscrit les notions de durée, de répétition et d’endurance au cœur d’une réflexion sur l’appréhension (et la préhension, ultimement) du temps. Morelli aspire à reconfigurer notre conception et notre utilisation quotidienne de l’espace en abordant la corporalité, et plus précisément son propre corps, comme enjeu central, catalyseur et site d’exploration artistique.

Maude Johnson (1988) réside à Montréal et est candidate à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université Concordia. Elle détient un baccalauréat de l’Université du Québec à Montréal (Histoire de l’art). Ses recherches interrogent la relation entre le corps et l’espace en explorant, notamment, les pratiques performatives, l’archive, et les nouveaux médias dans les contextes variés de l’art contemporain, la mode et la danse. En tant qu’auteure, elle a collaboré à l’exposition do it Montréal (Galerie de l’UQAM) et contribue à la revue esse arts + opinions.

Robert Filliou (1926-1987) est un artiste, poète et économiste français qui cherche à unir l’art et la vie à travers une œuvre explorant le langage comme forme et comme enjeu constitutif. Utopique, son travail intègre radicalement le quotidien en tant qu’espace de création structurant. Ayant rejoint la Résistance communiste en 1943, il quitte pour les États-Unis en 1947 et obtient en 1951 une maîtrise en économie de la University of California à Los Angeles (UCLA). À la suite de ses études, il travaille en Corée comme économiste de 1952 à 1954, et réside en Égypte et en Espagne avant de s’établir au Danemark en 1957. Filliou découvre l’avant-garde artistique par l’intermédiaire de Daniel Spoerri, qu’il rencontre à Paris en 1959. Dès le début des années 1960, il entretient une étroite collaboration avec Emmett Williams, l’un des représentants du mouvement Fluxus. Entre 1965 et 1968, Filliou tient avec George Brecht La Cédille qui sourit, un atelier-boutique ou, tel qu’ils le désignent, un « centre de création permanente » situé à Villefranche-sur-mer. C’est à cette époque que les deux artistes développent le concept d’« Eternal Network » (« La Fête Permanente »), qui intensifie le désir de rassemblement et de continuité au cœur de la pratique de Filliou. Ce dernier publie Teaching and Learning as Performing Arts en 1970, en collaboration avec Joseph Beuys, John Cage et Allan Kaprow, notamment.