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SIGHTINGS I. Inondations
Anne-Marie Proulx, Césures: Tout embrasser, 2012. Vidéo, 13min. 11s. Collection de l’artiste.
Raymonde April, Tout embrasser (extrait 268/517), 1973/2001. Épreuve argentique marouflée sur aluminium.
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia. Achat - Fonds de dotation Leonard & Bina Ellen pour l’achat d’œuvres d’art, 2003. Photo: Richard-Max Tremblay.
Raymonde April, Tout embrasser (extrait 278/517), 1974/2001. Épreuve argentique marouflée sur aluminium.
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia. Achat - Fonds de dotation Leonard & Bina Ellen pour l’achat d’œuvres d’art, 2003. Photo: Richard-Max Tremblay.
Photographie de mon père, Pierre Proulx, prise après l’inondation du chalet familial de Saint-Lambert de Lauzon, au printemps 1986.

5 avril au 18 mai 2012

Un projet d’Anne-Marie Proulx
Avec des œuvres de Raymonde April

Anne-Marie Proulx s’intéresse aux effets de l’accumulation et du regroupement de photographies dans la pratique artistique de Raymonde April. Dans le cadre de Sightings I. Inondations, elle examine l’impact de leur contexte de présentation sur leur réception, la capacité des photographies à interpeller d’autres images, ainsi que les relations qui sont susceptibles de se développer entre elles.

Ce projet propose trois regards sur l’œuvre Tout embrasser de Raymonde April : deux photographies extraites de l’ensemble de 517 composantes, la publication éponyme qui contient une reproduction des deux photographies exposées et qui révèle plus clairement leur relation avec les autres composantes de l’œuvre, ainsi qu’une interprétation plus personnelle et narrative des images de l’artiste.

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Inondations
Deux grandes photographies s’imposent : une femme balaie son trottoir, des blocs de ciment jonchent un terrain vague. Ce sont des images tirées de Tout embrasser, une œuvre de Raymonde April qui résulte du projet d’une rétrospective de près de trente ans de carrière à travers une recherche de l’artiste dans ses propres archives photographiques. April avait sélectionné 517 images jusque là jamais présentées qui ont formé la base d’un film où les photographies défilent au rythme d’une main qui les emporte une à une. En 2001, ce projet avait fait l’objet d’une exposition à la Galerie Leonard & Bina Ellen, où ces mêmes photographies avaient été étalées au mur et le film adapté en installation vidéo. L’exposition était complétée par des agrandissements de quelques ensembles d’images et accompagnée d’une publication. Apparaissant souvent sous différentes formes et en accumulation, les images d’April sont appelées à être survolées pour comprendre des relations et significations potentielles. Les photographies se refusent à l’autoréférentialité : elles se mélangent, se confondent, et racontent des histoires qui paraissent parfois être les nôtres. Empreintes d’une banalité fabuleuse qui peut nous être familière, elles entrent dans nos propres imaginaires. C’est ainsi que nos images et souvenirs peuvent arriver à se faufiler entre les photographies. Devant des agrandissements, il devient cependant plus difficile de laisser voguer notre imagination. Ici isolées des 515 autres, les deux grandes photographies élèvent leur présence. Dans toute cette prestance, elles inondent le regard, mais elles demeurent deux images dans un monde d’images.

La première fois que mon regard a effleuré cette image, j’ai vu de gros morceaux de glace échoués au bord de la rivière Chaudière. Pendant l’hiver, une épaisse couche de glace se forme au-dessus des flots qui continuent de courir vers le Saint-Laurent. Elle se fissure lors de la fonte au printemps, libérant ses éclats sur la surface de l’eau. Sur leur route sinueuse, les glaces vont s’accumuler dans un tournant aigu, où se forme un embâcle qui chaque année menace les habitations riveraines. Les glaces se sont échappées une fois pour aller se poser sur le terrain tout autour du chalet de ma famille. Au moment du nettoyage, mon père les avait photographiées. Ce sont ces images que j’ai imaginées en voyant les blocs de ciment photographiés par Raymonde April.

Anne-Marie Proulx est une artiste et auteure qui vit et travaille à Montréal. Elle est étudiante à la maîtrise en histoire de l’art de l’Université Concordia, où elle a également complété un baccalauréat en arts visuels, après l’avoir débuté au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax en Nouvelle-Écosse. Elle est membre du Centre des arts actuels Skol et co-fondatrice du collectif d’édition Palindromes. Son travail a été présenté au Québec, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.

Raymonde April est une artiste photographe qui vit et travaille à Montréal. Elle enseigne la photographie au département de Studio Arts de l’Université Concordia depuis 1995. Ses œuvres ont été présentées dans le cadre de plusieurs manifestations artistiques au Canada et en Europe, et lui ont valu plusieurs prix dont le Prix du Québec Paul-Emile Borduas du Ministère de la culture et des communications du Québec en 2003, et le Paul de Hueck and Norman Walford Career Achievement Award for Art Photography, de la Ontario Arts Foundation, en 2005. Le travail de Raymonde April est représenté par la Galerie Donald Browne, Montréal.

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Anne-Marie Proulx tient à remercier Raymonde April, Johanne Sloan, le Fonds de recherche sur la société et la culture (FQRSC), le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), Hydro-Québec, ainsi que la Faculté des beaux-arts et l’École des études supérieures de l’Université Concordia.

La Galerie Leonard & Bina Ellen remercie le Conseil des Arts du Canada de son soutien à la programmation contemporaine.