13 mai – 13 juin 2026
Avec la participation de Loïc Chauvin, Clara Congdon, Geneviève Dagenais, Hazel May Eckert, Melanie Garcia, Daniel Gillberg, ro heinrich, Sam Lee et Prune Paycha
Co-commissaires : Florent To Lay et Nicole Burisch
Lire la suiteEntre le geste décrit et le geste accompli, quelque chose dévie. C’est dans cet écart que l’œuvre prend forme.
Dans cette exposition, chaque œuvre est associée à un mode d’emploi imaginé par les artistes. Il ne s’agit pas d’expliquer, mais d’indiquer une manière de faire : instructions, verbes, protocoles. Ces textes ne décrivent pas les œuvres, ils en précisent les conditions d’apparition. Ce qui compte n’est pas seulement ce qui est produit, mais ce qui résiste à l’exécution.
Rien n’est totalement fixe. À certains moments définis par ces modes d’emploi, les œuvres peuvent être activées, déplacées ou modifiées en présence du public, changeant de place, de forme ou de rythme. L’exposition devient un espace en mouvement, où elles ne sont plus seulement montrées, mais mises en circulation.
Ce qui suit ne présente pas une suite d’objets, mais des situations où des formes se déplacent, des gestes se répètent, des images apparaissent et disparaissent. Chaque pièce propose une manière de faire, de percevoir ou d’habiter l’espace — comme un mode d’emploi.
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- Un bruit de pluie sèche se répand dans la galerie. Des machines attendent patiemment que l’on s’approche. Quelque chose s’ouvre et des graines jonchent maintenant le sol. En sommes-nous les destinataires ?
- Sur des tables, des fragments de tissu sont assemblés avec soin. Le geste est précis, répété, consigné. Peu à peu, des formes familières émergent et s’accumulent sans destinataire : lettres, cartes, traces d’échanges. Le geste administratif devient geste matériel.
- Un ciel — le dernier vu par une mère — est imprimé par sa fille en rose et en bleu, encore et encore. L’image se multiplie, se superpose, se transforme jusqu’à se dissoudre dans sa propre répétition. Le ciel résiste à sa fixation.
- Dans les airs, des feuilles d’abaca natives des Philippines se balancent lentement. Chacune est formée à la main, trempée dans de la pulpe de papier, imparfaite. Répéter sa forme, c’est tenter de rejoindre une origine qui se dérobe, un lieu transmis sans avoir été vécu.
- Dans la même salle, des touffes d’herbes de plage suspendues occupent l’espace, entrelacées de cheveux, leurs extrémités coupées effleurent le sol. Le végétal et l’humain s’y confondent. Où prenons-nous racine ? Comment s’adapter ? Naviguer parmi ce champ suspendu, c’est déjà traverser ces questions.
- Des formes en grès portent encore les plis du tissu qui les a contenues. Ce sont les ombres figées d’un corps filmé en mouvement, traduites en patron de couture puis coulées dans l’argile. Ce qui reste : des coutures, des plis, des creux — l’écho statufié d’un geste éphémère.
- Une plaque de verre ou son imitation à peine maintenue, un miroir aux reflets inaccessibles, une image au bord de la chute. Qu’elles surgissent ou s’effacent selon l’endroit où l’on se tient, qu’elles suggèrent une chose pour s’avérer en être une autre, il ne demeure de ces images que le poids de leur absence.
- Deux films respirent à leur propre rythme. Le vent y passe, les sons s’y répondent, la pensée trébuche, bégaie, se recompose. Les films se regardent autant qu’ils s’écoutent. À deux moments durant l’exposition, ils déborderont de l’écran pour devenir une conversation à plusieurs voix.
- À l’extérieur, une grande impression photographique, activée par la lumière du jour, explore la frénésie productive de la Corée du Sud à travers des scènes de marché denses et silencieuses. On y entend presque la tension de ce qui circule sans pause. 빨리 빨리 [ppal-li ppal-li], dit-on : vite, vite — une formule qui exprime l’équilibre instable entre productivité et repos, agitation et calme.
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Franchissez maintenant les portes.
– Florent To Lay
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IGNITION met en valeur le travail d’étudiant·e·s terminant leur maîtrise en Studio Arts et au doctorat en sciences humaines ou en études individualisées à l’Université Concordia. C’est une occasion pour une génération d’artistes en devenir de présenter des œuvres ambitieuses et interdisciplinaires dans le contexte professionnel d’une galerie au profil national et international. Les étudiant·e·s et l’équipe de la galerie travaillent ensemble afin de produire une exposition de projets qui ont une dimension critique, innovatrice et expérimentale menant à une réflexion sur les médias et les pratiques artistiques.
La 21e édition d’IGNITION a été co-commissariée par Florent To Lay, commissaire indépendant et directeur général et artistique de SKOL, et Nicole Burisch, directrice de la Galerie Leonard & Bina Ellen.
ARTISTES ET ŒUVRES
Bleu pigeon (attends), 2026
Bleu pigeon (encore), 2026
Bleu pigeon (désolé), 2026
Sculptures interactives : composantes électroniques, microcontrôleurs, écran OLED, capteurs ultrasons, moteur, composantes imprimées en PLA, aluminium peint, vis, nourriture pour pigeons
26 × 26 × 26 cm, chaque
Avec l’aimable concours de l’artiste
Loïc Chauvin conçoit des situations concrètes où des dispositifs simples perturbent les attentes du public : des machines de contrôle qui s’excusent, des nichoirs d’hiboux qui se dérobent à la vue, des rouleaux de papier photographique qui se camouflent en érables argentés. Travaillant souvent avec des végétaux, des animaux, des capteurs et des protocoles, ses projets mettent en tension le désir de contrôler le vivant. Puisant dans les sciences de la nature, dans le minimalisme et le surréalisme, ses œuvres condensent geste poétique, contraintes matérielles, humour absurde et une forme d’étrangeté.
Bleu pigeon est composé d’un ensemble de sculptures interactives inspirées des boîtes expérimentales conçues par le béhavioriste américain B.F. Skinner (1904-1990) pour étudier le conditionnement des pigeons bisets. L’installation réinterprète ces dispositifs scientifiques comme des machines sensibles, faillibles, réagissant à la présence humaine. Chacune suit une logique qui lui est propre et s’exprime à travers la quantité de graines d’oiseaux qu’elle projette théâtralement au sol.
EXPLOREZ
- Approchez-vous des sculptures et lisez les messages qu’elles offrent (attends, encore, désolé) pendant qu’elles éparpillent des graines d’oiseaux à vos pieds. Comment interprétez-vous cette offre ? La trouvez-vous bienveillante ? Encourageante ? Désarmante ?
- Le design minimal et son interactivité imite plusieurs innovations technologiques rétros et contemporaines. Comment voyez-vous cette œuvre en dialogue avec les relations algorithmiques ?
Scrap Paper, 2025 – en cours
[Papier brouillon]
Performance avec des fragments de vêtements usagés, du fil à coudre, de l’entoilage thermocollant, des boîtes de rangement, des pièces de patron, un crochet à patron, une chaise, un bureau, une table de coupe, une table à repasser, un plan de travail, un fer à repasser, de l’eau distillée, une machine à coudre, des outils de couture, des pochettes pour documents, une corde à linge, des pinces à linge, du papier kraft
Dimensions variables
Avec l’aimable concours de l’artiste
Clara Congdon utilise le rapiéçage, l’appliqué, le tissage, le nouage, le pliage, la reliure, l’assemblage de courtepointe et le collage pour réorganiser les sous-produits de ses relations et de ses expériences. Entre soustraction-addition et dissection-reconstruction, elle se confronte à l’impulsion de « faire usage » de ce qui s’accumule au fil du temps et compose avec les notions de confinement, de connexion, d’archivage et de libération.
En tant que processus, Scrap Paper consiste à assembler des chutes de vêtements usés pour les transformer en formats de documents courants – tabloïd, lettre, photographie, carte professionnelle. En tant qu’installation, Scrap Paper est une série de postes de travail où ces documents sont façonnés, chaque poste offrant un contexte de travail distinct dans lequel ils peuvent être lus. La transformation qui s’opère pose la question suivante : en quoi le savoir s’articule-t-il différemment à travers l’image, le mot, la matière et le geste ?
EXPLOREZ
- Naviguez entre les différentes stations. Comment l’artiste transforme-t-elle les vêtements en documents et quels environnements de travail évoquent-ils ?
- L’artiste rend visible le processus physique de la fabrication au sein de l’installation. Qu’observez-vous dans l’assemblage des tissus jetés ? Quelles connexions peuvent être établies avec les processus de mémoire et des relations ?
as big as the sky, 2026
[aussi vaste que le ciel]
Cyclorama en contreplaqué, impressions risographiques sur papier japonais, bois, vis, épingles
Dimensions variables
Avec l’aimable concours de l’artiste
La pratique interdisciplinaire de Hazel May Eckert explore les thèmes de la mémoire, la circulation d’images et l’impermanence. En s’appuyant sur sa formation en art visuel, en graphisme et en médias imprimés, elle travaille entre les installations à grande et les livres d’artistes expérimentaux, en employant le collage comme cadre conceptuel et stratégie matérielle. Elle s’intéresse à comment les images, les objets et les matières organiques s’accumulent et génère du sens au fil du temps – en se transformant, en se décomposant et en maintenant une présence au-delà de leurs contextes originaux.
as big as the sky enveloppe les visiteur·euse·s dans une photographie élargie du ciel – la dernière chose vue par la mère d’Eckert avant son décès. Un seul négatif de 35mm venant du site de l’accident dans la campagne de Manitoba a été grossi et incliné à travers des panneaux de risographies superposées, imprimés en encre rose et bleu. Affichée sur une charpente courbée, évoquant un plateau de tournage, l’installation fonctionne comme rituel personnel devenu public. Le processus d’impression « lo-fi », physiquement exigeant, avec ses anomalies, sa granulosité et sa répétition, reflète comment fonctionne le deuil : fragmenté, instable et continu.
EXPLOREZ
- Contemplez la grandeur du ciel assemblé. Sachant ce que l’artiste a révélé, comment percevez-vous le ciel (différemment) ? Où cela vous emmène-t-il ?
- Comment le rôle des techniques analogiques (pellicule, risographie, scénographie) dans la création de l’installation influence ses qualités esthétiques ?
Leaves of Absence, 2026
[Feuilles d’absence]
Fil d’acier inoxydable, pâte d’abaca, fil de coton, aluminium, bronze, branches d’arbres, corde de manille, haricots mungo, haricots blancs, noix de coco, cheveux
Dimensions variables
Avec l’aimable concours de l’artiste
À travers le prisme de son héritage philippin, Melanie Garcia explore les thèmes de l’identité, du lieu et de la mémoire en tant que personne née et ayant grandi à Tiohtià:ke/Montréal. Son travail examine les effets de l’assimilation et du déracinement, tout en interrogeant sa relation avec les Philippines, un pays où elle ne s’est jamais rendue. Malgré la distance physique et culturelle, Garcia est à la recherche de la connexion aux savoirs culturels familiaux à travers des images d’archives et un langage symbolique ; tissant des récits mutables dans une tentative de réconcilier le connu et l’inconnu.
Leaves of Absence réinvente l’abaca – une plante indigène des Philippines – en tant que symbole culturel fragmenté d’un ailleurs exotisé, à la fois familier et étranger, façonné par le commerce colonial et la circulation mondiale. Des feuilles éparpillées, des ombres et des vides interstitiels créent un environnement indéterminé qui réagit à la présence et au geste. À travers le mouvement, l’équilibre et l’espace négatif, l’œuvre présente l’identité comme un processus de transformation – formé par la mémoire, la rupture et la négociation – tout en proposant la matérialité comme une archive alternative pour un savoir culturel affectif.
EXPLOREZ
- L’artiste évoque la plante d’abaca tant par la représentation de sa forme que par l’utilisation de sa pulpe comme matériau de sculpture. En quoi cette attention portée à la phénoménologie contribue-t-elle à répondre aux questionnements de Garcia sur la réconciliation géographique ?
- Que vous inspire la référence aux mobiles ? Comment les notions d’appartenance s’articulent-elles à travers les mouvements subtils de l’œuvre, les ombres qu’elle projette et la porosité de ses espaces négatifs ?
Threads from Deal Beach, 2025 – en cours
[Les fils de Deal Beach]
Seigle de mer suspendu, fibre synthétique, cheveux humains et fil de coton
Dimensions variables
Avec l’aimable concours de l’artiste
Né en Suède, Daniel Gillberg est un artiste interdisciplinaire basé à Montréal. Il tient un engagement continuel avec les traces matérielles, négligées, de la présence humaine ; telles que les décombres de la rue, les déchets et les matières végétales. Puisant de son expérience en conservation, il travaille à travers des processus de collection, de recontextualisation et de photographie pour créer des installations et des assemblages qui explorent comment ces traces gardent la présence et forment des expériences d’appartenance dans l’environnement bâti.
Threads from Deal Beach est une installation immersive qui consiste en champ suspendu de seigle de mer entrelacé avec des cheveux synthétiques et humains. L’œuvre considère le mouvement et la migration transatlantique comme processus de déplacement et d’adoption qui forme le paysage ainsi que la filiation humaine. Alors que les visiteur·euse·s naviguent le champ, les mouvements corporels activent l’œuvre, rendant la navigation et la présence centrales à son expérience.
EXPLOREZ
- L’installation forme un chemin sinueux, ouvrant un espace propice à l’observation lente et à la réflexion. Que remarquez-vous à travers cette chorégraphie ? Quels détails de l’installation apparaissent lorsque l’on y regarde de plus près ?
- L’entrelacement du seigle de mer et des cheveux rassemble autant les reliefs du paysage que ceux du corps humain. En quoi ce processus de recontextualisation permet-il de réfléchir à l’évolution des environnements ?
Ombre portée, 2025
Grès, oxydes et encre de chine ; poème audio écrit et récité par Nana Quinn
Dimensions variables
Avec l’aimable concours de l’artiste
Par la manipulation des matériaux dans leur états transitoires, Geneviève Dagenais travaille autour des notions d’empreintes et de transmutation à travers le textile, la céramique et le moulage afin de susciter une expérience perceptuelle charnelle des objets. Elle explore son rapport à la gravité, au poids, à la pression et à l’équilibre.
À partir d’une exploration corporelle performative captée sur vidéo, Dagenais extrait une série d’arrêts sur image d’enchevêtrements de son corps en mouvement. Elle met à plat ces formes pour en faire des patrons de couture qui servent de moule pour redonner volume à ce qui serait ses ombres portées. La masse de l’argile coulée dans le moule flexible transforme la furtivité du mouvement en le fixant dans le temps et la matière.
EXPLOREZ
- Comment la matérialité des sculptures (p. ex., leurs textures, couleurs et poids) a-t-elle un impact sur les sentiments d’incarnation évoqués par l’artiste ?
- Que révèlent les postures des sculptures sur la relation entre le mouvement, la performance et le genre ?
Ni lourd ni fragile, 2025 – en cours
Plaques de verre, acrylique, marbre, miroir, néon, photographies
Dimensions variables
Avec l’aimable concours de l’artiste
Le travail de Prune Paycha explore les conditions de visibilité des images et les formes de perception qui les accompagnent. À la croisée de la photographie et de l’installation, elle mobilise la lumière comme matière pour interroger l’instabilité des images. En recourant notamment au verre et au miroir, elle crée des dispositifs où l’image apparaît, se fragmente ou disparaît, engageant une expérience située et sensible du regard.
Dans Ni lourd ni fragile, photographies, verre coloré, miroirs et fragments minéraux se rencontrent pour créer un espace de tension entre opacité et transparence, fixité et instabilité. Les images, souvent issues d’environnements souterrains ou de matières en transformation, se (re)composent selon la lumière et le point de vue. Le projet propose un espace perceptuel dans lequel le corps entier se fait œil ; un œil qu’il faut déplacer, ajuster et engager pour éprouver les images et le temps.
EXPLOREZ
En quoi l’interaction entre la matière et l'(in)visibilité influence-t-elle votre perception des images ? Qu’en est-il des différents dispositifs d’exposition ?
Que pensez-vous de la réflexion de l’artiste sur le poids et la fixité, au sens propre comme au sens figuré, des images ? Comment explore-t-elle, à travers cette installation, le spectre qui s’étend entre la lourdeur et la fragilité ?
Strange Intruders, 2026
[Intrus étranges]
Vidéo monobande, couleur et son, 19 min
The Being of Relation, 2025
[L’Être de la relation]
Vidéo monobande, couleur et son, 9 min
De la série The Being of Relation, 2024 – en cours
Avec l’aimable concours de l’artiste
Sensation qui se forme. Sens, inaperçu. Exprime la condensation. L’activité pulse jusqu’en devenir son et attire des traces. Infléchissant, tempérant, dans le monde. Mal de cœur d’orientation détourne la confusion saisonnière. Les couleurs nous rythment à réapprendre encore et encore de ce que peut nous apporter le fait du partir du champ des relations comme noyau et point de départ. Une écologie des attractions attentionnelles s’attache volontairement au métabolisme de l’affect, de ce qui se passe à chaque détour ; les picotements de quelque chose sur le point de surgir, qui se différencie, s’interrompt, se brouille, se cherche et se transforme.
Inspirés par la construction du sens en tant que pratique esthétique et politique, Strange Intruders et The Being of Relation s’inscrivent dans une série de films expérimentaux collaboratifs dirigée par ro heinrich. Les films mettent en scène des chants d’oiseaux, auxquels sont associés des pulsations et des réponses, des sens, des bégaiements et de la pensée relationnelle qui se développent à travers Erin Manning et Brian Massumi, les secousses de l’écorce, les frémissements du vent, les tractions phoniques de Sher Doruff et Katrin Hahner. En captant les interstices de la perception, les films tissent une écologie rythmique de la perception indissociable, où la pensée ressent, la vue touche, la cadence potentialise.
Élaborés pour susciter une conversation collective, deux événements publics (les 16 et 23 mai 2026) prolongent les projections de films et les lectures afin d’aborder les questions (in)opportunes soulevées par ces œuvres : comment différentes logiques et différents mondes peuvent-ils être mis sur pied et expérimentés ?
Strange Intruders emprunte son titre du livre de Brian Massumi’s The Personality of Power: A Theory of Fascism for Anti-fascist Life, 2025.
The Being of Relation emprunte son titre du livre éponyme de Erin Manning The Being of Relation, 2025.
EXPLOREZ
- Ces films mettent en lumière les relations entre des entités et des mondes tant non humains qu’humains. Que vous inspirent-ils, lorsque vous réfléchissez à votre propre situation de relations plurielles ?
- Les sous-titres visualisent non seulement les mots prononcés, mais aussi les théoricien·ne·s auxquels ils font référence, ainsi que les particularités vocales des locuteurs (bégaiements, claquements de langue, respirations). Comment ces énonciations vocales dialoguent-elles avec les manipulations numériques des images et des sons de l’environnement ?
빨리 빨리 (hurry, hurry), 2025
[빨리 빨리 (vite, vite)]
Impression numérique sur vinyle
391,2 cm × 492,8 cm
Avec l’aimable concours de l’artiste
Sam Lee (il) est un artiste visuel et photographe documentaire coréen-canadien qui vit et travaille à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal. En tant qu’enfant d’immigrant·e·s coréen·ne·s, sa pratique s’inscrit dans le cadre de sa double identité coréenne et canadienne. Son travail consiste en des explorations visuelles à travers la photographie visant à attirer l’attention sur les répercussions sociales de la mondialisation, de l’immigration et de la colonisation. Son travail s’intéresse principalement à l’angle de la diaspora asiatique, à travers lequel s’inscrit son expérience, tout en gardant à l’esprit qu’il vit sur des territoires autochtones non cédés.
빨리 빨리 (hurry, hurry) [vite, vite] est une enquête photographique sur l’attitude dramatique et collective sud-coréenne vers la productivité des travailleur·euse·s et la surmarchandisation. Après des décennies de guerre et de colonisation, la Corée du Sud a connu une croissance économique importante. S’industrialisant et se mondialisant fébrilement, le pays est aujourd’hui devenu un leader mondial dans plusieurs secteurs.
Au nom de la maximisation des marges bénéficiaires, cette mentalité de « hustle-culture » a permis à beaucoup de dépasser le seuil de pauvreté, mais, comme bien des exemples de la poursuite non régulée des gains capitalistes, elle a aussi entraîné des effets secondaires.
Il en résulte un équilibre fragile entre des forces apparemment incompatibles : la productivité et le repos, l’agitation et la paix, le béton et la nature.
EXPLOREZ
- Une série de panneaux, d’objets, de textes et d’éclairages industriels met en valeur le personnage solitaire présent sur chacune des photos. Comment interprétez-vous ses expressions, son langage corporel et sa position sociale ?
- Remarquez-vous votre propre réaction incarnée face à ces images ? En quoi reflètent-elles ou contredisent-elles votre propre rapport aux thèmes de l’industrialisation mondiale et de la poursuite du capital par-dessus tout le reste ?