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SIGHTINGS est un programme d’expositions satellites conçu par la Galerie Leonard & Bina Ellen pour réfléchir à notre compréhension de l’espace d’exposition et de la présentation des œuvres. Ce projet fait écho à quatre essais phares écrits par Brian O’Doherty entre 1976 et 1981 – regroupés sous le titre White Cube. L’espace de la galerie et son idéologie (traduction française, 2008) –, où l’auteur et artiste irlandais théorise certains enjeux liés à une conception de l’espace d’exposition moderniste. Une conception de l’espace qu’il qualifie de « cube blanc » neutre et adaptable, et qui est pérenne puisqu’elle définit un grand nombre de galeries actuelles. SIGHTINGS a été mis en œuvre pour souligner la persistance et la fausse neutralité du cube blanc, et créer une plate-forme d’expérimentation pour que des artistes et commissaires invités génèrent de nouvelles stratégies de mise en espace et évaluent les limites de l’adaptabilité d’un véritable cube blanc.

Un premier cycle diffusait des projets réalisés par des étudiants de la Faculté des beaux-arts. Un deuxième cycle, en cours, présente des projets réalisés par des artistes et commissaires de la communauté artistique élargie.

SIGHTINGS est situé au rez-de-chaussée du Pavillon Hall au 1455 boul. de Maisonneuve Ouest.

SIGHTINGS 9. Peinture canadienne
Marc-Antoine K. Phaneuf, Riopelle (détail), 2013, Le Lobe. Photo : Jean-Marc E. Roy
Marc-Antoine K. Phaneuf, Peinture Canadienne (détail), 2014. Avec l'aimable autorisation de l'artiste. Photo : Paul Simth
Marc-Antoine K. Phaneuf, Peinture Canadienne (détail), 2014. Avec l'aimable autorisation de l'artiste. Photo : Paul Simth

3 mars au 25 juin 2014

Une installation de Marc-Antoine K. Phaneuf

Marc-Antoine K. Phaneuf provoque des rencontres entre deux formes de culture antinomiques en présentant des artefacts issus de la culture populaire, à titre d’œuvres, dans des lieux de diffusion d’art contemporain. Il recourt à des jeux de langage ainsi qu’à la collecte et l’exposition d’objets kitsch pour dépeindre, avec beaucoup d’humour, certains faits sociologiques propres à notre époque et créer des espaces d’identification potentielle où le public est invité à réfléchir, par exemple, à son rapport à la célébrité et à la consommation.

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Peinture canadienne lui permet de présenter son impressionnante collection de cartes de joueurs de hockey agencées de manière à évoquer les œuvres picturales d’artistes importants de l’histoire de l’art canadien, tels que Jean-Paul Riopelle, Paul-Émile Borduas et Serge Lemoyne. L’artiste reprend, au sein de cette installation, une méthode qu’il a explorée avec Riopelle, une œuvre de la même série qu’il a produite et exposée au centre d’artistes Le Lobe, à Chicoutimi, en 2013. Or, en investissant le module de SIGHTINGS avec cette nouvelle installation, il radicalise sa démarche et démontre sa rigueur conceptuelle. En rabattant l’espace d’exposition habituel du module à trois dimensions sur ses parois de plexiglas bidimensionnelles, devenues opaques, Marc-Antoine K. Phaneuf aborde plus directement la superficialité liée à l’idolâtrie vécue envers des objets de collection et des sportifs millionnaires. En rendant l’éclairage de son projet impossible, il affirme que l’absence de lumière réfère aux œuvres mal reproduites dans les vieux livres d’histoire de l’art et, par extension, à la piètre qualité photographique d’un grand nombre de ses cartes de joueurs de hockey. Ainsi, chacune des caractéristiques de son installation a été réfléchie pour multiplier et problématiser les rencontres entre la culture populaire et la culture spécialisée.

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Peinture canadienne

Enfant, j’ai collectionné les cartes de hockey. Pro Set, Upper Deck, Score, O-Pee-Chee. C’était fascinant: tous ces joueurs inconnus aux noms parfois exotiques, Uwe Krupp, Christian Ruutuu, Rick Zombo, Zarley Zalapsky, et tous ces logos parfois très simples, d’une autre époque, et ces jerseys colorés. Je n’étais peut-être pas le fan de hockey le plus sérieux, j’avais un faible pour les équipes qui portaient du jaune, comme les North Stars du Minnesota, les Canucks de Vancouver, les Flames de Calgary, ou du vert, comme les Whalers d’Hartford et tiens, encore les North Stars. J’étais là aussi quand les Sharks de San José et le Lightning de Tampa Bay ont fait leur entrée dans la LNH et que, du haut de mes dix ans, leurs logos étaient la quintessence du design graphique.

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Parce que nous étions enfants, les cartes de hockey venaient avec une mythologie. On savait que les cartes de « rookie » avaient le potentiel de prendre de la valeur, comme celles des joueurs les plus talentueux — ainsi la carte de Wayne Gretzky recrue, la plus convoitée de toutes, était un objet rare que jamais nous pensions voir en vrai, et encore moins posséder.

À l’été 2013, j’ai trouvé par hasard dans une vente de garage quelques trois milles cartes. J’étais excité à l’idée de renouer avec ma passion de petit garçon. J’ai acheté le lot pour une vingtaine de dollars et je me suis dit que j’allais bien faire quelque chose avec. En résidence au centre d’artistes autogéré Le Lobe, à Chicoutimi, j’ai pris le temps de sélectionner les cartes les plus amusantes (rictus amusés, moustaches de la belle époque, faciès apeurés, langues sorties par concentration, etc.) avant de les apposer au mur avec l’idée plutôt vague de faire quelque chose qui ressemblerait à un Riopelle des années 1950. Dix heures plus tard, le tableau existait. L’accrochage a été aussi physique qu’a pu être la création d’une toile par Riopelle : chaque coup de spatule constituant la composition dynamique de l’œuvre fut remplacée par l’acte répété de coller une carte au mur à l’aide de masking tape.

Après une rencontre de production avec l’équipe de la Galerie Leonard-et-Bina-Ellen, je suis venu voir le cube, qui tout d’un coup m’a paru deux fois plus grand que dans mes souvenirs. Merde, j’allais manquer de cartes, il m’en faudrait au moins deux milles de plus. Comme une bouteille lancée à la mer, j’ai créé un événement Facebook intitulé « Recherche cartes de hockey — URGENT ». Trente-six heures plus tard j’avais trouvé cinq milles cartes ; dix jours après on m’en avait donné le double. D’une rencontre à l’autre, j’ai partagé avec les donateurs — des amis, des connaissances, des inconnus — cette passion d’enfant chargée de souvenirs et qui nous faisait encore rêver, même si on sait maintenant que les cartes, désormais stockées dans le fond d’un garde-robe, ne valent pour la plupart pas grand-chose.

Nous avions tous les mêmes souvenirs, et presque tous les mêmes séries, celles produites massivement entre 1990 et 1993 parce que tous les garçons les collectionnaient, les cartes de hockey. De même que nous partageons la même histoire de l’art, avec ses héros, Riopelle et Borduas en tête de liste et Lemoyne pas trop loin derrière, nos collections se ressemblaient, carburant aux même imaginaires que quand nous étions petits : les joueurs portent toujours des noms exotiques, les équipes qui n’existent plus sont fascinantes, et la carte de Wayne Gretzky recrue existe encore, elle peut valoir un peu plus que quand nous étions enfants, comme elle peut valoir beaucoup moins, si elle n’est pas dans une condition extraordinaire, comme m’a fait remarquer mon ami Ian, qui à ma grande surprise, en possède deux.

Le mythe défait, les cartes peuvent servir à autre chose, pour leurs couleurs et les grimaces des joueurs, et devenir une installation qui rappelle certaines œuvres de l’histoire de la peinture canadienne.

Marc-Antoine K. Phaneuf

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Possédant une formation en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal, Marc-Antoine K. Phaneuf est artiste et auteur. Depuis 2006, son travail a été présenté dans plusieurs centres d’artistes autogérés, galeries et musées du Québec, dont le Centre Clark, l’Œil de Poisson, Vu Photo, le Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, Articule, Le Lobe et le Musée régional de Rimouski. En 2013, il a été nominé pour le Prix Pierre-Ayot, remis par la Ville de Montréal et l’Association des galeries d’art contemporain, célébrant un artiste montréalais en début de carrière. Il a publié trois livres de poésie aux éditions Le Quartanier, dont Téléthons de la Grande Surface (Inventaire catégorique) en 2008, pour lequel il a été finaliste du prix Émile-Nelligan, et Cavalcade en cyclorama en 2013, écrit lors d’une performance d’écriture de huit jours. Il participe couramment à des lectures de poésie qui l’ont amenées, avec les Productions Rhizome, jusqu’en France et en Belgique. Il vit et travaille à Montréal.